Le carrefour des pèlerins
Demat à tous,
Cette semaine j’ai
levé un peu la prothèse, (le pied) et j’ai parcouru 89 km de plus, ce qui
m'amène à un beau total de 867 km et une belle arrivée à Saint Jean Pied de
Port pour mon 47ème jour de pèlerinage. Ce carrefour des pèlerins. Que
d’émotions quand j’ai passé ce panneau d’agglomération, un peu effacé par le
temps, quelques larmes ont coulé d’ailleurs, et ce n’était pas une poussière
dans les yeux. Je me remémore déjà un mois et demi de marche, seul, livré à
moi-même sur ce pèlerinage tellement convoité par le monde entier. Quel
privilège de pouvoir arpenter ce chemin sans me soucier de ce qu’il va se
passer le lendemain, de pouvoir réfléchir, prier, penser à mes proches que
j’aime, ou même de ne penser à rien du tout. Je libère mon esprit de toutes
contraintes superflus. C’est mon pèlerinage, il n’appartient qu’à moi et cela
n’a pas de prix, ce n’est que du bonheur malgré la fatigue et quelques
difficultées physiques, cela est vite oublié grâce aux rencontres, grâce à ma
famille et grâce à tout le soutien que je reçois de votre part. Vous êtes
maintenant plus de 2000 à me suivre, une petite story vous fait réagir et je me
retrouve envahis de messages, tous plus touchant les uns que les autres. Un
grand merci à tous. Voici donc mes aventures de la semaine:
Mardi 20, Pierre
m’a re-déposée sur Cagnotte me permettant de reprendre ma marche vers
Sorde-l’Abbaye. Une étape très agréable, je quitte le plat et la monotonie des
Landes pour retrouver les forêts verdoyantes et les bonnes odeurs que la nature
peut nous réserver. Arrivé en début d’après midi à Sorde, j’ai pu découvrir une
magnifique Abbaye, riche par son histoire datant de 960, classé monument
historique dans les années 1900 et inscrite dans le patrimoine mondial de
l’UNESCO en 1998, au titre des chemins de Saint Jacques de Compostelle en
France. Je suis rentré dans l'Église où une armée de bénévoles s’affairaient à
faire un grand nettoyage de printemps. Une personne est venue à ma rencontre en
me demandant si j’étais bien Hervé car elle attendait mon arrivée, prévenue par
Maïté. Que c’est agréable d’être attendu comme ça, de ne pas chercher. Nous
avons discuté quelques minutes puis je lui ai dit ne rien avoir pour le dîner,
ni une ni deux me voilà dans sa voiture et elle me conduit au supermarché le plus
proche. Ensuite nous nous rendons chez elle pour prendre un rafraîchissement
pendant une petite heure très agréable. J’ai fini ma journée en rejoignant ma
chambre d’hôte dans le village.
Mercredi 21, je
quitte ce beau village pour rejoindre Arancou, je suis arrivé vers 13h devant
le gîte de Bourthaïre. En entendant des gens parler à l’arrière je suis les
voix et j'ai eu la bonne surprise de rencontrer les responsables de ce lieu qui
étaient en train de déjeuner, ils m’ont gentiment invité à partager leur repas,
je ne me suis pas fait prier. Depuis mon départ c’est ma vraie pause de midi,
pas de sandwich mais un excellent repas. Je suis resté environ 2 heures avec
eux et avant de reprendre ma route je n’ai pas pu refuser un bon digestif.
J’étais en mega forme pour l’après midi. Le soir j’étais attendu par Marie
Agnès qui m’a gentiment invité pour la soirée accompagné de son mari Philippe,
cette rencontre grâce à facebook encore une fois. Quelle belle journée pour
reprendre des forces.
Jeudi 22,
découverte du Pays Basque, je n’en reviens pas d’être déjà autant au sud de la
France. Ce fut une journée des plus éprouvante, la plus dure depuis Sainte Anne
d’Auray. J’ai marché durant 10h pour faire 23 km avec 300 mètres d’altitude…
comme disent mes enfants: “un truc de ooouuuuf”. Quand je suis arrivé au pied
de Saint Palais, en apercevant les gros dénivelés qui m’attendaient sous 25
degrés, je me suis arrêté et j’ai décidé d’affronter cette difficulté avec
philosophie, en me disant: “prends ton temps et tu vas y arriver, rien n'est
impossible”. Heureusement Aude et Philippe (mes béquilles) étaient avec moi,
car sans elles j’aurais été dans l'incapacité de me rendre à la Chapelle de
Soyartze. J’ai mis 4h pour faire 3 km, mais quelle satisfaction une fois arrivé
au sommet. Un paysage féerique se dressait devant moi et pour couronner le
tout, la rencontre avec le 2ème pèlerin depuis mon départ, Joseph, nous avons
discuté 20 minutes et nous nous sommes donné rdv à Saint Jean Pied de Port
samedi. La descente à été une sacré épreuve également, j’étais pas triste de
retrouver le plancher des vaches. J’ai eu la belle surprise de pouvoir visiter
une belle chapelle de 1050 et avec la particularité d’appartenir à 4
propriétaires privés depuis la construction. Une pure merveille remplie
d’histoire.
Vendredi 23 et
samedi 24, nouvelle rencontre d’un pèlerin, Nicolas, nous avons commencé notre
route ensemble sur 1km, il m’a vite semé, haha. Saint Jean Pied de Porc pointe
le bout de son nez. Tellement pressé d’y arriver que j’ai forcé un peu ma
marche du vendredi pour arriver de bonne heure le samedi matin. JOIE!
Dimanche 25, je
suis donc depuis hier dans un super gîte et enfin avec quelques pèlerins, dont
Joseph et Nicolas. Quelle drôle de sensation de se retrouver dans cette
capitale des pèlerins sans personne dans
les rues. Ce matin messe à 11h, messe en Basque avec de très beaux chants. A la
sortie une dame vient à ma rencontre et me glisse un “papier” dans la main, je
regarde et il s’avère que c’est un billet de 10 euros, je suis stupéfait et ne
comprends pas. Elle m’explique alors que son frère est amputé également et que
ça lui fait plaisir de me rencontrer. Je suis resté bête devant ce geste…
demain j’irai allumer des cierges et je garderai précieusement ce billet avec
moi. J’ai été ravis de voir mon neveu, Côme, quelle joie de voir cette tête
familière, merci de m'avoir fait signe
Demain, lundi,
repos. Pour la suite des événements, l’Espagne est en ce moment très compliquée
d’accès et personne ne sait vraiment ce qu’il en est. A priori à partir du 9
mai ça devrait se décanter. Plutôt que de tourner en rond jusqu’à cette date,
j'ai pris la décision de me rendre à pied à Lourdes à partir de mardi matin et
être de retour vers le 10 mai pour pouvoir cheminer vers Compostelle avec plus
de sérénité sanitaire, du moins je l’espère. D’ailleurs je suis à la recherche
de logements entre St Jean et Lourdes, des idées?
Je vous souhaite
une belle semaine
Hervé, sa prothèse
et ses béquilles.





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