Camino Francés


Hola a todos,

    Me revoilà pour vous raconter ma semaine du 11 mai au 16 mai, quelle semaine je vous le dis moi. Mes béquilles ont enquillé 139 km soit un total de 1231 km depuis le 8 mars. Je foule le Camino Francés fièrement, mais je fais face à plusieurs difficultés mais aussi de belles rencontres.

    Mardi 11, je quitte Zubiri à 7h direction Pampelune pour une étape de 21 km. Le dénivelé commence à se faire ressentir, je prends fortement appui sur Aude et Philippe, mes béquilles, et elles font un sacré job. Aujourd’hui je prends particulièrement appui sur Philippe pour qui cette journée est signe de Victoire, déjà 41 ans de greffe du rein, un warrior moi je vous le dis. Je passe devant une petite chapelle, Santa Lucia, qui daterait du XIIe siècle et aurait servi de fort avec un minuscule cimetière enclavé par des murs, une habitation collée à cette magnifique chapelle. Je continue mon chemin et me fait doubler par deux Italiennes qui me souhaitent à la volée un bon Camino avec un grand sourire avant de continuer de leur pas assurés. Je passe sur des chemins très escarpés mais je m’en sors bien et arrive sur les coups de midi à Burlada à environ 4 km de Pampelune. Je me précipite dans un petit resto car je suis parti le ventre vide le matin et je commence à défaillir, je me prends une bonne collation. Je reprends ma route vers Pampelune rassasié. A mon arrivée je tourne en rond dans le centre ville à la recherche d’une albergue, je fini par me retrouver nez à nez avec Olivier et décidons de nous unir pour trouver votre logement. 20 minutes plus tard c’est chose faite, au vue du contexte sanitaire il est très difficile de se loger, les gîtes sont majoritairement fermés. Enfin le meilleur moment de la journée arrive: la douche, ça me requinque. Je décide d’aller visiter la ville qui est très animée et j'ai fini par visiter la cathédrale de Sainte Marie. Un endroit riche en histoire, entre sa nef, son cloître et le musée diocésain, le tout dans un style baroque. De retour au gîte, je fais la connaissance de Jean-Marie, Marseillais. Accompagné d’Olivier nous allons tous les trois dîner au restaurant dans le centre ville, soirée très animée en pleine semaine.

    Mercredi 12, reprise de mon chemin direction Puenta La Reina. Après seulement quelques minutes de marche je m’arrête pour prendre mon petit déjeuner en terrasse, un bon café, accompagné d’un jus d’orange et de bons gâteaux. Avec ça dans le ventre je suis bien en forme pour partir. A la sortie de la ville j’emprunte "l'autoroute" des pèlerins, normalement fréquenté par des centaines et centaine de pèlerins journalier, mais je ne croise qu’une seule personne. Elisabeth, une Française que j’avais déjà croisée il y a deux jours, originaire de La Rochelle. Nous marchons ensemble une bonne heure avant que je reprenne mon rythme habituel, ayant pris soin de noter son numéro de portable pour lui réserver une place au gîte ce soir. Après avoir traversé quelques villages, j’emprunte un chemin très pentu pour m’approcher, à petit pas et très essoufflé, de l’Alto del Perdon. A 770 m d’altitude, je passe par le hameau en ruine et abandonné de Guendulain et j’arrive à Zariquiegui au bout de quelques kilomètres. Péniblement je continue à grimper vers l’Alto del  Perdon qui est situé à 1000 m d’altitude. Quelle belle récompense une fois arrivé au sommet, un paysage, ou plutôt un panorama grandiose, j’en prends plein les yeux. Le seul bémol est ce parc éolien en plein milieu de cette belle vue, le bruit et le nombre d'éoliennes gâchent quelque peu ce paysage. Malgré tout, je pense pouvoir mettre cette étape au top 1 depuis le début de mon périple. C’est pas le tout, mais une fois en haut, il faut redescendre, les petits sentiers sont vraiment très compliqués, mais j’arrive à bon port quelques heures plus tard. Exténué mais heureux de ma journée. Une fois le gîte trouvé et une bonne douche je me dirige dans le centre ville pour une petite visite. Celle-ci est ornée de très belles églises dont plusieurs ont leur clocher habité par des cigognes. Dans une église, je découvre un étonnant crucifix, qui aurait été offert par des pèlerins allemands. Pour terminer cette journée je retrouve Elisabeth, deux de ses amies, Olivier et Jean Marie autour d’un bon dîner au restaurant. Une belle brochette de pèlerins, c’est très agréable.

    Jeudi 13, levé à 7h pour un départ à 8h45 direction Estalla Lizarra. A la sortie du village je passe devant un monastère et une messe y a lieu, j’y rentre et m'aperçoit qu’il y a très peu de fidèles mais il y a plusieurs religieuses, ce fut une très belle cérémonie. Je reprends donc mon chemin bien remonté spirituellement en ce jour de l’Ascension. Vers midi j’arrive dans un petit village perdu dans la Navarre, où j’ai la joie de retrouver Anne et Stéphane mes cousins qui ont eu la grande gentillesse de faire un grand détour pour me rejoindre et casser la croûte avec moi. Après avoir fait quelques courses de ravitaillement dans une épicerie, qui a rouvert spécialement pour nous, nous avons pu déjeuner sous un temps un peu maussade mais cela n’a pas d’importance. Quel bonheur de les retrouver sur les chemins de Compostelle. Je reprends ma route, vraiment revigoré grâce à eux. Après quelques kilomètres je retrouve mes compagnons de marche ainsi que les 2 italiennes que j’avais croisé 48h plus tôt.

    Vendredi 14, direction Tores Del Rio, étape de 27km, accompagné d’Olivier. Au bout de 20 minutes de marche nous atteignons Irache et sa fameuse fontaine à vin connue par les pèlerins. Bon il n’est que 8h et peut être un peu tôt pour goûter à ce breuvage, mais… il serait bien dommage de ne pas y faire honneur. J’ouvre donc le robinet mais rien n’en sort, la fontaine est à sec. Tant pis ça sera pour mon prochain pèlerinage, je prends tout de même une photo. 100 mètres plus loin nous passons devant un monastère magnifique, rectangulaire et très sobre. C’est agréable de découvrir tant d’architecture différentes au fil de mon chemin. Nous continuons notre marche d’un bon pas, Olivier me distance dans une montée et je le vois disparaître progressivement pour ne devenir qu’un petit point au loin. Je me retrouve donc seul comme la majeur partie de mon pèlerinage,  ma cadence est bien moins importante que les autres mais cela n’a guère d’importance, notre but est le même et l’essentiel est d’y arriver entier. Au bout d’une heure de marche je passe devant une autre fontaine, celle ci appelé “la source des Maures” est d’origine médiévale, avec deux doubles porches. Quand je rentre à l’intérieur je découvre un grand escalier de 10 marches qui descend à la source, celle-ci est d’une eau très claire ce qui donne presque envie de la boire. Le paysage a beaucoup changé depuis 2 jours, j’arrive sur des grands champs d’oliviers et de blés à perte de vue. La culture est très présente mais je n'aperçois aucun élevage. Vers les midi j’arrive à Los Arcos, très joli village avec une superbe église malheureusement fermée. Je retrouve Olivier et les deux Italiennes et nous mangeons ensemble avant de reprendre la route vers Tores. Il me reste 8 à 9 km tout au plus mais cela me semble interminable, je mets 3h avec quelques pauses. Enfin arrivé je retrouve mon petit groupe de pèlerin habituel depuis 1 semaine. Une bonne douche de prise je ressors avec tout le monde pour une petite visite.

    Samedi 15, je décide de partir à 7h pour rejoindre la ville de Logrono. J’aimerai y arriver rapidement car mon portable ne charge plus et je dois absolument le faire réparer… Je me sentirai un peu nu sans mon téléphone.. surtout dans un pays où j’ai du mal à me faire comprendre. C’est une étape avec toujours autant de dénivelés mais je commence à en avoir l’habitude, ma prothèse à l’air de les avoir bien assimilé également et nous gravissons sans trop de problème cette montée. Je suis arrivé vers les 14h, une bonne journée de 21 km en 7h, je trouve que j’ai plutôt bien géré. Arrivée au gîte, douche rapide, lessive et opération portable. Quelle affaire, j'ai fini par trouver un petit réparateur à deux km du centre ville, comme ci je n’avais pas déjà assez crapahuté aujourd’hui, qui me propose de repasser vers 20h30 pour le récupérer. Trop fatigué pour flâner dans les rues, je pose en terrasse, j’ai 2h à patienter. A l’heure dite, je retrouve bien mon portable qui fonctionne à merveille. Direction le centre ville pour retrouver mes compères de marche. Je suis engloutie par une foule impressionnante qui déferle dans les rues autour des bars et restaurants. Les Espagnols qui sont très à cheval sur le port du masque se relâchent un peu ce soir et profitent bien de leur soirée en chantant et parlant très fort. Je fini par retrouver mes amis parmi la foule, dîner rapide et nous allons nous coucher.

    Dimanche 16, j’ai passé une très mauvaise nuit, les douleurs du moignon ont été fortes, de plus la literie n’était pas des plus confortables et j’avais un voisin ronfleur. Au réveil mes douleurs ne passent pas, je préfère donc privilégier une petite étape pour aujourd’hui, soit 12 km, je dis au revoir à mes compagnons de marche sachant très bien que nous ne nous retrouverons pas ce soir. Je quitte tranquillement Logrono où le calme du matin se fait ressentir par l’absence de tous êtres humains ou presque… Le soleil fait son apparition, une belle journée se dessine devant moi, ça me changera des grosses pluies de la veille. J’arrive péniblement à Navarette à 13h avec des douleurs très présentes. J’entends les cloches sonner à pleins régime et des fidèles se rendent à la messe, je décide de les suivre et profite d’une belle messe avec une très belle chorale mais avec très peu de monde. S'ensuit un baptême auquel j’assiste. A la fin de la messe, le Padré vient me voir très intrigué par ma prothèse et me demande si je fais le Camino, je lui précise que j’arrive tout droit de Bretagne. Il n’en revient pas et me demande de poser avec lui pour faire un article dans le journal paroissial. Une fois la photo prise, je sors de l'église et vais manger une petite salade accompagné d’un verre de vin puis direction l’auberge où je m’écroule jusqu’au dîner.

    J'ai pris beaucoup de retard dans mes récits hebdomadaires dû aux longues journées de marche et forcément à la fatigue qui s’accumule. A l’heure où je vous écris j’ai dépassé Burgos et je suis à 500 km de Saint Jacques de Compostelle, les journées passent très vite. Avant de vous souhaiter une belle semaine, je veux vous raconter une belle anecdote qui s’est passée la semaine dernière. En passant dans un village, je m’aperçois que l’église est ouverte, en m’approchant je distingue un prêtre, vêtu en clergyman à l’air très british en fauteuil roulant. Je m’approche de lui, je le salue mais la barrière de la langue nous empêche de converser, je rentre donc dans l’église où je me recueille un bon moment. En sortant je repasse devant le Padré, nous nous regardons sans dire un mot et fini par me dire avec un large sourire “Buen Camino”. Nous n’avons pas eu d’échange oral mais cet échange de regard entre nous à été bien plus fort et cela m’a profondément bouleversé.

Je vous souhaite à tous une très belle semaine

Hervé, sa prothèse et ses béquilles.

 

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