Je passe en Espagne

 


Holà à tous,

    Me revoilà après plusieurs jours d’absence, je reprends ma plume pour vous raconter mon retour de Lourdes, mon passage de la frontière et mes premiers jours en Espagne. Je vous laisse découvrir mes journées entre le 05 mai et le 10 mai, 6 jours pas toujours facile mais tout de même 75 km de plus soit un total de 1092 km.

    Mercredi 5, j’ai quitté Lourdes dans l'après-midi après avoir bien pris le temps de visiter le Sanctuaire dans un calme olympien. J’ai passé mes deux nuits à Lourdes chez Michel et sa femme qui m’ont reçu avec une grande gentillesse. Pendant le dîner, Michel me dit m’avoir écrit une chanson, je suis resté perplexe et en même temps très touché de sa bienveillance. C’est donc avec émotion que j’écoute ces paroles, Michel ne me connaît pas et il a réussi à faire une chanson qui me laisse sans voix. Mon pèlerinage y est évoqué avec simplicité. Ca à été un très beau moment, multiplié par deux le lendemain soir quand il m’en chante une deuxième accompagné de sa fille, intitulé le porteur d’Espoir, tout aussi émouvant.

    C’est donc en train que j’ai rejoint Saint Jean Pied de Port où je me suis reposé de ma marche fatigante de la semaine dans le Piémont.

    Jeudi 6, nouvelle journée de repos avant de retrouver Laurence, ma sœur et Hubert son mari qui m’ont rejoint en fin de journée pour m’accompagner pendant 3 jours. Nous sommes allés chez leurs amis, Bénédicte et Alain, où nous avons passé une agréable soirée, un bon apéritif suivi d’un délicieux repas, quoi de mieux avant d’affronter la fameuse étape tant redoutée par de nombreux pèlerins?

    Vendredi 7, réveil à 6h pour rejoindre la rue d’Espagne à Saint Jean Pied de Port qui sera notre lieu de départ pour cette journée. Sac à dos sur le dos nous voilà fin prêt pour gravir notre étape du jour, Roncevaux, 1350 m d’altitude. Le ton est donné dès le départ, ça grimpe, un peu de plat, ça grimpe, encore un petit peu de plat avant LA grosse montée vers Orisson. Nos pas sont lents mais à force de persévérance nous découvrons une vue à couper le souffle et cela nous motive à continuer ce chemin avec enthousiasme. Laurence munie de simple baskets et de son bâton de marche surmonte cette ascension sans piper mot, alors que Hubert, légèrement devant nous, nous annonce les difficultés qu’il traverse avant nous, faisant savoir de sa voix forte “oh la la, si vous saviez ce qui vous attend”, ils me font l’un comme l’autre sourire. Nous arrivons au refuge d’Orisson vers les 10h où une halte casse-croûte s’impose, réclamé par mon beau frère évidemment… C’est assez amusant, car depuis presque deux mois de marche je suis seul avec moi même et j’en ai presque perdu cette convivialité de me retrouver avec d’autre personne, d’autant plus membre de la famille. S’en est aussi déroutant, moi qui avait prit mes habitudes de crapahuter en solitaire, à réfléchir, à prier ou à ne penser a rien de particulier, me voilà revenu en un clin d’oeil à la réalité de la civilisation, s’en était presque brutal, peut être dû à mon caractère solitaire sur les bords? Toujours est-il que je suis heureux et fier de partager ce bout de chemin avec eux. Durant cette halte j’ai pu les observer et les écouter, partageant leur réaction des premières heures de marche, je les vois joyeux et pleins d’entrain de pouvoir faire ces quelques kilomètres en ma compagnie et cela me satisfait amplement. Nous repartons et sans m’en rendre compte je reprends mon rythme de marche habituel, me retrouvant devant seul, suis-je en train de devenir individualiste? en tout cas c’est sans mauvaise intention que je marche seul, seulement une habitude de 2 mois de marche. Vers 13h nous sommes arrivés à la Vierge d’Orisson, marquant la fin de notre étape du jour. Le ciel tout dégagé nous offre un magnifique panorama sur le Pays Basque. Les ventres crient famine, nous pique niquons donc assis au pied de la Vierge, un petit repas simple mais qui fait du bien. Avant de partir nous nous recueillons devant cette magnifique Vierge quelques instants. Notre taxi personnel, c'est-à-dire Alain, nous récupère pour redescendre en voiture. l’après midi, repos bien mérité de cette matinée.

    Samedi 8, après une bonne nuit nous reprenons notre chemin à partir de notre point d’arrêt de la veille, le beau temps n’est pas au rdv, le vent est très fort et gâche un peu cette petite étape de 7 km.

    Dimanche 9, nous sommes allés à la messe tout en Basque à Saint Jean Pied de Port. Pour ces dernières heures ensemble Laurence et Hubert m’ont accompagné jusqu'à la frontière espagnole. La météo est capricieuse, la pluie se mêle au vent ce qui rend la marche difficile. Arrivés à la frontière, nous nous sommes dit rapidement au revoir, quelques clichés pour immortaliser ces 3 jours ensemble et voilà que je reprends ma route seul, sans me retourner pour cacher mon émotion. Un grand merci d’avoir traversé la France pour me rejoindre. Un pied après l’autre, une béquille après l’autre je passe en Espagne, incroyable!! La tempête se lève, j’affronte des vents allant jusqu’à 150 km/h, une pluie torrentielle et une brume viennent s’ajouter à tout ça. Je ne vois plus à 10 mètres et par moment me retrouve figé sur place, n’arrivant plus à bouger. Je m’accroche fermement à Aude et Philippe, mes béquilles, pour enfin apercevoir un petit refuge qui n’attend que moi. Je suis trempé de la tête aux pieds, mais plus inquiet pour ma prothèse dégoulinante d’eau me disant au fond de moi que je serai bien embêté si elle me faisait le coup d’un court circuit… Une fois séché et habillé de mes vêtements de pluie, je prends mon courage à deux mains pour affronter la descente, je ne fais vraiment pas le fier. La descente à été plus que périlleuse, regardant à chacun de mes pas où je mettais mes béquilles et mes pieds, c’est là où 4 yeux seraient bien utiles. Je n'ai pas glissé, ouf! Il m’a fallu 4h pour enfin arriver à bon port sous un rayon de soleil très agréable. Pour me remettre d’aplomb j’ai couru, ou en tout cas marcher vite, vers un restaurant pour me commander un bon steak accompagné de frites et d’une bonne bière Serbie, le tout bien installé en terrasse. Dire qu’en France cela n’est pas encore possible. Je me pose fier comme un coq d’être en Espagne.

    Lundi 10, pour ma première nuit en Espagne et au vu de la journée compliquée j’ai opté pour une nuit à l'hôtel, je me réveille vers 7h frais comme un gardon.  En route pour découvrir le Camino Francés et la Navarre. Direction Zubiri sous un beau soleil, traversant une belle nature verdoyante et un chemin plat, pas pour longtemps car petit à petit je découvre que l’étape est pourvu de dénivelés. Pour redescendre vers Zubiri j’emprunte un sentier extrêmement abrupt avec des crevasses où j'ai failli dégringoler à plusieurs reprises. 30 minutes avant la fin de l’étape un pèlerin est arrivé tout en discrétion derrière moi me faisant sursauter à en perdre presque mes béquilles. Olivier est parti de chez lui, en Suisse, au mois de février, nous avons donc fini l’étape ensemble pour trouver une albergue sans difficultés. Après une bonne douche, je suis ressorti pour visiter ce village, je passe à côté d’une personne âgée en déambulateur, elle me sourit et me fait signe de venir la voir, elle lève le pan de son pantalon pour découvrir une prothèse. J’essaie de lui expliquer tant bien que mal que je fais le Camino, elle me regarde avec des yeux ronds en poussant des “hoo” des “haa” et nous nous sommes mis à rire. Je suis ensuite parti rejoindre Olivier Amiri, connu via les Facebook qui m’attendait à une terrasse de café. Nous avons papoté un bon moment devant une bière et il m’a fait noter toutes les bonnes spécialités à manger, nous en salivons devant ces bonnes recommandations culinaires.

    Comme vous pouvez le voir ces 6 jours ont été intenses mais ça y est les Pyrénées sont passées et ça c’est ma fierté, ma prothèse tient le cap et m’accompagne à merveille.

A très bientôt pour la suite

Hervé, sa prothèse et ses béquilles.

 

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