Les 1000 km passés

 

Demat,

    Pratiquement 2 mois que je suis parti de ma Bretagne, Saint Jean Pied de Port  est atteint et je suis arrivé hier soir au Sanctuaire de Lourdes en me rajoutant 150 km. Je suis maintenant à 1017 km de parcouru, le cap des 1000 est passé, je trouve ça très significatif. Ce matin, mardi 3 mai, j’ai assisté à la messe dans la grotte en petit comité. Quelle étrange sensation d’être en ce lieu Saint si désert ces temps ci. Cela me donne l’impression que le Sanctuaire m’est réservé et je compte bien en profiter aujourd’hui et demain pour prier à toutes les intentions que vous m’avez confiées.

    Cette semaine fut très intense au niveau physique, mon corps entier à ressenti cette semaine de marche, ma prothèse et mon esprit ont été mis à rude épreuve. J’ai rencontré un seul couple de pèlerins ces 8 derniers jours.

    Mardi 27, j’ai quitté Saint Jean Pied de Port après un weekend reposant entre pèlerins, sous la pluie pour rejoindre Saint-Just Ibarre. Après une heure trente de marche je me retrouve face à mon premier col, qui me paraît immense… Je l’ai gravi, certes avec difficultés, lentement mais sûrement, pour arriver enfin sur les hauteurs et contempler cette belle vue sur Saint Jean le Vieux. Après une petite pause face à ce paysage j’ai repris ma randonnée sur les chemins escarpés du Piémont. Je n’ai rencontré aucune âme qui vive ce jour-là. La situation sanitaire me fait vivre un pèlerinage très différent je pense.

    Mercredi 28, j’ai repris mon courage à deux mains quand je remarque qu’à peine parti je suis face au col de Napal. 530 m d’altitude, environ 3 km de dénivelé, il m’aura fallu 5h pour y arriver avec beaucoup de pause pour reprendre mon souffle mais surtout pour éviter de me blesser au niveau du moignon. Ce sentier était très étroit, semé d’embuche, mais une fois arrivé en haut, quelle satisfaction de pouvoir admirer cette vue majestueuse, quelle fierté d’y être arrivé malgré la difficulté. Du haut du col, j’ai pu observer des dizaines de vautours voler au-dessus de ma tête dans un silence impressionnant, ce qui m’a permis de me recueillir quelques instants avant d’affronter la descente vertigineuse. Je me suis pris de belle frayeur face à cette descente, heureusement Aude et Philippe, mes béquilles, étaient bien présents pour me retenir. Je me disais à moi-même “si tu tombes, tu serviras de nourriture aux vautours”. arrivé en fin de journée à Mauléon-Licharre où j’ai croisé deux gendarmes qui m’ont gentiment salué, oufff!! Nathalie m’attendais pour me conduire à son gîte pour deux nuits.

    Jeudi 29, j’ai repris mon chemin en direction de L'Hôpital Saint Blaise, petit village d’environ 80 habitants. Une petite chute aujourd’hui qui m’a fait dégringoler de 5 mètres, plus de peur que de mal heureusement. Une bonne journée qui s’est terminée sous la pluie. Le nom de ce petit village vient d’un ancien établissement d’accueil pour les voyageurs, un hôpital, qui aujourd’hui a totalement disparu. Classé aux monuments historiques dès 1888, il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco au titre des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle depuis 1998. Un son et lumière est proposé pour découvrir cette magnifique église.

    Vendredi 30, après un bon petit déjeuner chez Nathalie qui m’a merveilleusement bien accueilli lors de mes deux nuits, elle m’a gentiment reconduit à mon point de départ pour reprendre une étape un peu moins rude pour arriver vers les 15h à Oloron Sainte Marie.

    Samedi 1er Mai, cette journée s’est avérée la plus longue et dure marche de ma semaine. Après avoir quitté Oloron de bonne heure, le soleil a enfin fait son apparition vers les 13h, j’ai pu en profiter lors de ma pause déjeuner. J’ai pris la direction de la randonnée du Piémont qui borde la Gave d’Ossau. Bien mal m'en à pris car une pluie torrentielle s’est abattue sur moi, rendant le sentier extrêmement glissant et boueux… Ma prothèse a eu un peu de mal à suivre le rythme. Abordant une descente très abrupte, pas très rassuré, un arbre est couché au travers du chemin. J’ai donc fait demi-tour pour trouver un terrain plus stable ce qui m’a valu un beau détour de 6 km. Après 10h de marche avec une petite heure de pause, je me suis enfin retrouvé à Arudy exténué et avec de belles brûlures provoquées par la prothèse. J’étais heureux de me requinquer le soir et reprendre des forces bien méritées.

    Dimanche 2, après avoir passé une bonne nuit réparatrice je suis reparti un petit peu fatigué de ma marche de la veille mais ma motivation reste inchangée. J’entame mon avant dernière étape avant de rejoindre Lourdes. Sur les coups de 14h un gros coup de fatigue et des douleurs aux poignets à cause d’Aude et Philippe se déclarent. J’ai décidé de tricher un peu et de couper au plus droit, ce qui m’a évité 4 km supplémentaires. En arrivant à Asson j’ai enfin pu rencontrer un couple de pèlerins, Fabie et Mohamed qui commençaient leur pèlerinage depuis seulement 2 jours. Nous avons pu partager 20 minutes très agréables avant qu’ils reprennent leur chemin et moi le mien. Une journée plus calme mais quand même douloureuse.

    Lundi 3, premier jour du déconfinement, je suis de nouveau dans les règles. Un réveil à 5h pour prendre la route en compagnie de Méryl, photographe journaliste, Disorder prod (page facebook et instagram). Elle m’a accompagnée toute la journée chargée de ses appareils photos, sous un beau soleil, direction Lourdes. Méryl est un sacré personnage, d’un dynamisme et d’une gaieté étonnante. La discrétion fait partie de ses grandes qualités, je la voyais sans la voir, par moment devant ou derrière moi, quelquefois sur les côtés ou encore grimpant sur les hauteurs pour prendre des photos. Elle a dû faire au moins 3 km de plus que moi. En fin d'après-midi je l’ai vu se calmer un peu épuisée de nos 28km. J’étais ravi de cette journée avec Méryl et d'arriver à Lourdes en sa compagnie. Un grand merci à toi et je suis impatient de lire et partager l’article.

    Je suis donc à Lourdes jusqu’à demain, mercredi 5 mai et finalement le retour se fera en train. Je me suis beaucoup donné cette semaine, je dois donc me reposer un peu et permettre à mes blessures du moignon de se soigner afin de repartir frais et en forme pour affronter la fameuse étape de Roncevaux Samedi en compagnie de ma sœur, Laurence, et de son mari Hubert pendant deux jours. Hâte de voir la famille.

Je vous souhaite une belle semaine à tous et vous garde dans mes prières.

Hervé, sa prothèse et ses béquilles.

 

https://www.google.com/maps/d/edit?mid=1Pg3ES-gmxzMDJ1LA3cS56vcgyQZQJ4aD&usp=sharing&fbclid=IwAR1yKspLIUsKQl21KdTCK-gWO9gvhc_sxJ2HOR4dZFcdlbzPjve82uG3he8





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