Une histoire de chaussettes
Holà a todos,
Me revoilà par ici, un grand merci à tous pour tous vos gentils messages suite à ma dernière publication et mon apparition dans le magazine famille chrétienne. Vous êtes quelque part une belle béquille pour moi, votre soutien me touche vraiment. Je reprends mon récit pour la semaine du 17 au 23 mai, 160 km de plus, me voilà à 1391 km depuis le 8 mars. Une semaine assez difficile, beaucoup de kilomètres, des journées interminables, première galère de logement, mais toujours de belles rencontres évidemment.
Mardi 18, je me
suis réveillé à 8h après une bonne nuit réparatrice, du moins pour mon sommeil,
car concernant les blessures de mon moignon il y en a un peu partout , c’est
pas joli joli. Je fais une bonne désinfection, pose des pansements en quantité,
j’en ai tellement que ma cuisse me fait plus penser à une momie. Ca reste des
blessures superficielles mais c’est très gênant car ça brûle quand je mets ma
prothèse, heureusement il ne fait pas très chaud. Après un bon petit déjeuner
avec Sophie, je reprends seul mon chemin vers Granon, petite étape de 12 km et
je suis certain qu’il y a une auberge ouverte à l'arrivée, je ne vais pas me
faire avoir une deuxième fois. Aujourd’hui j’y vais plus tranquillement dans
les pentes, j’ai le temps. Je quitte la Rioja pour entrer dans la communauté
autonome de Castilla y Leon. Les paysages sont sympathiques et légèrement
vallonnés. J’arrive vers les midi à la fin de mon étape et je m’offre un bon
déjeuner en terrasse. Je retire ma prothèse sous les regards interrogateurs des
passants, je dois passer pour un curieux personnage mais cette sensation de
respirer au retrait de la prothèse est énorme. Après une heure de repos je me
sens bien en forme et décide de continuer jusqu’à Castildelgado, 6 km, soit 2
petites heures de marche. Je vérifie bien les logements, tout est OK, je
rechausse ma prothèse et c’est repartie en compagnie d’une québécoise.
Mercredi 19, petite
séance de soin avant de repartir sur Villafranca Montes de Oca, étape de 24 km.
Le paysage, similaire à celui de la veille, est agréable pour marcher et me
laisse le temps à mes pensées et prières quotidiennes. Au bout de quelques heures
de marche, je passe à Belorado où il y a une église mais les portes sont
closes. Le haut de son clocher est envahi de nids de cigogne qui font des
allers et venues, très jolie à regarder par ailleurs. Aujourd’hui je marche en
solo, aucune rencontre, j’ai ralenti ma cadence de marche car mes blessures me
font souffrir et je suis obligé de m’arrêter régulièrement pour enlever ma
prothèse histoire que le tout prenne l’air.
J’arrive sur les coups des 16h et me pose pour prendre une bière bien
fraîche, une petite habitude espagnole que je commence à prendre! La bière en
fin de journée et généralement le matin une halte dans un village pour un café
siki et un jus d’orange fait maison, mes 2 petits luxe de la journée. 1h avant
la fin de l’étape j’ai retrouvé Olivier, le Suisse, et finissons l’étape
ensemble. Le trafic est bruyant par le passage incessant des voitures, camions…
Nous trouvons un petit hôtel où nous prenons une chambre avec un VRAI lit et
surtout des DRAPS, un petit luxe de plus.
Jeudi 20, départ à
7h30 pour une étape normale de 17 km vers Ages, un dénivelé de 200m qui
commence après une heure de marche pour atteindre San Juan de Ortega. C’est une
longue traversée solitaire à travers les Montes de Oca, avec des pistes
forestières partagées entre chênes, pins et de belles bruyères. J’arrive vers
14h à mon étape et j’en profite pour déjeuner dans l’auberge. En fin d’après
midi je vois arriver Elisabeth, que j’avais rencontré à Albiza, accompagnée de
3 allemands fort sympathique. Ce soir nous dinons ensemble et par chance une
allemande, Sonia, parle français, je suis sauvé, elle est très souriante et
très drôle.
Vendredi 21,
direction Burgos, la première partie de l’étape est très sympa, relativement
rude à monter, je dirais même à escalader par moment par des sentiers ultra
rocailleux, mais une fois arrivé sur une grande esplanade je remarque une
grande croix en bois, toute simple. Elle est située à 1077 mètres d’altitude et
aucun arbre aux alentours fait qu’elle est très dégagée. Une plaque métallique
se trouve à côté avec une phrase en espagnol écrite dessus. Après quelque
recherche de traduction ça donne ça: “ Depuis que le pèlerin a dominé les
montagnes de Navarre à Burguete et a vu les vastes champs d'espagne, il n’a pas
bénéficié d’une plus belle vue comme celle ci.” En effet, depuis cette colline
je peux avoir une vue plongeante sur toute la vallée de Burgos. Je n’ai pas pu
m’empêcher de m’agenouiller devant cette majestueuse croix quelques instants.
Une fois redescendu pour arriver à Villafra de Burgos où j’ai pris un petit
café en solo, je retrouve Elisabeth avec qui je reprends mon chemin. Il nous
reste environ 12 km avant d’arriver dans le centre ville, et là ce fut moins
agréable, je dirai même épouvantable. J’ai laissé Elisabeth, qui souhaitait
prendre le bus, derrière moi et j’ai continué cette horrible route seul. Je
suis en chemin vers une zone commerciale d’environ 4 km, dépourvue de tout
charme avec des mauvaises odeurs continuelles, des ronds points en n’en plus
finir pour commencer à découvrir une ville qui ne me donne aucune motivation à
marcher. Je marche tel un zombi, exténué, tenant à peine mes béquilles dans les
mains tellement elles me faisaient mal, de plus des crampes sont apparues sur
ma jambe droite et bien évidement mes douleurs du moignon se réveillent. Une
seule hâte, arriver à mon hôtel. A mon arrivée je découvre une gigantesque et magnifique
cathédrale, consolation de cette deuxième partie de journée. Deuxième
consolation, je récupère les clés de ma chambre et découvre une baignoire,
c’est l’apothéose. Ce bon bain me remet sur pied et je pars à la découverte de
la ville. Malheureusement la cathédrale est fermée au public en semaine, j’irai
donc la voir demain matin, samedi. Je flâne dans la ville dont le centre est
très joli, n’ayant pas encore mangé je prends une petite salade. Je croise les
3 allemands et nous décidons de nous retrouver à 19h pour dîner ensemble. Le
soir venu je les retrouve donc comme prévu, mais nous ne sommes pas que tous
les 4, nous sommes une bonne dizaine de pèlerins, c’est vraiment une soirée
très sympa. Nous venons tous d’un endroit, avec une histoire de vie différente
à partager, que c’est riche.
Samedi 22,
direction la cathédrale Sainte Marie pour une visite de deux heures où j’ai
déambulé de chapelle en chapelle avec beaucoup d'émerveillement devant tous ces
chefs-d'œuvre. Après cette belle visite j’ai repris mon sac à dos et je suis
prêt à repartir accompagné d'Elisabeth. Nous partons vers midi direction
Hornilos del Camino, une étape de 22 km. La sortie de Burgos se passe bien,
plus agréable que l’entrée, nous nous sommes un peu égarés et un espagnol nous
a gentiment raccompagné sur la bonne route. De vastes sentiers de pierre
s'offrent à nous à la sortie de la ville suivi de vastes étendues céréalières,
c’est donc le début du plat qui va me conduire jusqu’à Leon. Nous arrivons vers
19h, les Allemands nous attendent pour prendre possession du gîte communal où
nous allons tous dîner. Au menu, une bonne soupe de pomme de terre suivie d’une
salade et le dîner était terminé, nous sommes tous resté sur notre faim. A
notre arrivée ce soir-là, une jeune hollandaise de 25 ans toute fluette est
arrivée en même temps. J’ai l’impression qu’elle a des ressorts sous les pieds.
Elle arrive tout droit de Hollande et fait entre 40 et 50km par jour et sa plus
grosse étape est de 58 km. Je suis impressionné, elle ne paraît même pas
fatiguée.
Dimanche 23, nous
repartons tous ensemble vers Castrojeriz, mais ce fut de courte durée car notre
petite hollandaise nous a semé au bout de 20 minutes, son objectif du jour est
de 40 km alors que le miens est de 20 km, “petit joueur”. Les allemands finissent
également par prendre de l’avance souhaitant faire deux étapes ce jour. Un peu
nostalgique de leur départ m’étant bien accommodé de leur compagnie. C’est donc
avec Elisabeth que je continue ma route, notre objectif étant de trouver une
messe en ce dimanche de Pentecôte, et ce n'est pas une mince affaire,trouver
une messe à l’heure où nous arrivons dans un village est bien compliqué. Nous
finissons par atteindre un joli village nommé Hontanas où nous prenons un petit
café et jus d’orange et passons voir l'église, malheureusement la messe est à
18h. Nous reprenons notre route, les paysages semblables de la veille, nous
passons devant les ruines du monastère de San Anton où nous faisons notre pause
déjeuner. Nous arrivons à notre étape relativement tôt mais malheureusement
aucune messe malgré la grande présence des monastères.
Je vous souhaite à
tous un très bon weekend sous le soleil qui a l’air de revenir doucement
Hervé, sa prothèse
et ses béquilles




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