Une histoire de chaussettes


 Holà a todos,

    Me revoilà par ici, un grand merci à tous pour tous vos gentils messages suite à ma dernière publication et mon apparition dans le magazine famille chrétienne. Vous êtes quelque part une belle béquille pour moi, votre soutien me touche vraiment. Je reprends mon récit pour la semaine du 17 au 23 mai, 160 km de plus, me voilà à 1391 km depuis le 8 mars. Une semaine assez difficile, beaucoup de kilomètres, des journées interminables, première galère de logement, mais toujours de belles rencontres évidemment.

     Lundi 17, je reprends courageusement ma route après une bonne nuit de repos, direction Najera, une étape tranquille de 18 km. A la sortie de Navarette je croise Sophie, jeune française qui a commencé son pèlerinage de Saint Jean Pied de Port. Nous marchons un bout ensemble et je finis par la distancer. Le temps est médiocre mais sans pluie, les paysages d'hier avec les oliviers et les vignes laissent place à de très grandes étendues de céréales avec de belles couleurs printanières comme je les aime. Je décide de réciter mon chapelet en toute quiétude. Tout content d’arriver vers les 13h à Najera de si bonne heure, je me décide de pousser ma route sur Azofra, 6 km plus loin. Mais avant tout, je me pose en terrasse pour prendre une bonne bière fraîche. Assis sur ma chaise j'aperçois Sophie accompagnée de Kévin, jeune français arrivant de Montpellier en passant par Lourdes. Ils se posent tous les deux en ma compagnie et je demande à Kévin pourquoi il est sur les routes de Compostelle, question assez fréquente chez les pèlerins. Il me raconte son histoire que j’ai trouvé extraordinaire. “Si je suis là aujourd’hui, c’est tout simplement par le plus grand des hasard” me répondit - il tout calmement et avec un grand sourire. “J’avais besoin de partir quelques semaines pour me vider la tête, mais pas la moindre idée d’où aller. À un moment donné je voulais partir sac au dos sur mon vélo, je vais donc dans un magasin de sport acheter des chaussettes. Je prends la première paire venue et puis je vois inscrit sur l’étiquette “Compostelle”. Je m’interroge et me renseigne sur google. 15 jours après j’étais sur les chemins avec mon sac à dos et à pieds”. Je suis resté sans voix, c’est la plus belle des histoire reçue depuis le 8 mars. Je lui réponds que Saint Jacques devait être derrière ce petit signe pour le faire partir sur les chemins. Nous avons ensuite décidé de faire quelques petits achats pour le déjeuner et nous nous sommes installés dans un parc pour nous restaurer et sommes repartis ensemble vers Azofra. Au bout d’une petite heure de route, Kévin nous laisse, il doit encore parcourir 20 km avant ce soir. Nous le voyons s’éloigner à grandes enjambées de nous. Cette rencontre bien qu'éphémère m’a profondément touché.  A mon tour je devance Sophie et arrive sereinement à mon étape. Azofra est un tout petit village sans âmes qui vivent mais avec 4 auberges. Je rentre dans un petit commerce pour demander quelle auberge est ouverte. Je ne m’attendais pas du tout à sa réponse, toutes les auberges sont fermées. Je suis dépitée. J’attends l’arrivée de Sophie et lui annonce la couleur en lui disant que la prochaine étape est à 10 km. Elle est encore plus dépitée que moi. Nous nous posons 20 minutes et je reprends ma route en lui disant que je lui réserve une place pour ce soir. Au bout d’un km, pris de remords je l’attend et finissons notre chemin ensemble. Nous sommes enfin arrivés au bout de 3h de marche, il est 20h15. Je suis exténué, 34 km dans les pattes, soit ma plus grosse étape depuis le début. Nous avons dîné rapidement, j’ai pris ma douche et me suis couché tout de suite pour reprendre des forces pour demain.

    Mardi 18, je me suis réveillé à 8h après une bonne nuit réparatrice, du moins pour mon sommeil, car concernant les blessures de mon moignon il y en a un peu partout , c’est pas joli joli. Je fais une bonne désinfection, pose des pansements en quantité, j’en ai tellement que ma cuisse me fait plus penser à une momie. Ca reste des blessures superficielles mais c’est très gênant car ça brûle quand je mets ma prothèse, heureusement il ne fait pas très chaud. Après un bon petit déjeuner avec Sophie, je reprends seul mon chemin vers Granon, petite étape de 12 km et je suis certain qu’il y a une auberge ouverte à l'arrivée, je ne vais pas me faire avoir une deuxième fois. Aujourd’hui j’y vais plus tranquillement dans les pentes, j’ai le temps. Je quitte la Rioja pour entrer dans la communauté autonome de Castilla y Leon. Les paysages sont sympathiques et légèrement vallonnés. J’arrive vers les midi à la fin de mon étape et je m’offre un bon déjeuner en terrasse. Je retire ma prothèse sous les regards interrogateurs des passants, je dois passer pour un curieux personnage mais cette sensation de respirer au retrait de la prothèse est énorme. Après une heure de repos je me sens bien en forme et décide de continuer jusqu’à Castildelgado, 6 km, soit 2 petites heures de marche. Je vérifie bien les logements, tout est OK, je rechausse ma prothèse et c’est repartie en compagnie d’une québécoise.

    Mercredi 19, petite séance de soin avant de repartir sur Villafranca Montes de Oca, étape de 24 km. Le paysage, similaire à celui de la veille, est agréable pour marcher et me laisse le temps à mes pensées et prières quotidiennes. Au bout de quelques heures de marche, je passe à Belorado où il y a une église mais les portes sont closes. Le haut de son clocher est envahi de nids de cigogne qui font des allers et venues, très jolie à regarder par ailleurs. Aujourd’hui je marche en solo, aucune rencontre, j’ai ralenti ma cadence de marche car mes blessures me font souffrir et je suis obligé de m’arrêter régulièrement pour enlever ma prothèse histoire que le tout prenne l’air.  J’arrive sur les coups des 16h et me pose pour prendre une bière bien fraîche, une petite habitude espagnole que je commence à prendre! La bière en fin de journée et généralement le matin une halte dans un village pour un café siki et un jus d’orange fait maison, mes 2 petits luxe de la journée. 1h avant la fin de l’étape j’ai retrouvé Olivier, le Suisse, et finissons l’étape ensemble. Le trafic est bruyant par le passage incessant des voitures, camions… Nous trouvons un petit hôtel où nous prenons une chambre avec un VRAI lit et surtout des DRAPS, un petit luxe de plus.

    Jeudi 20, départ à 7h30 pour une étape normale de 17 km vers Ages, un dénivelé de 200m qui commence après une heure de marche pour atteindre San Juan de Ortega. C’est une longue traversée solitaire à travers les Montes de Oca, avec des pistes forestières partagées entre chênes, pins et de belles bruyères. J’arrive vers 14h à mon étape et j’en profite pour déjeuner dans l’auberge. En fin d’après midi je vois arriver Elisabeth, que j’avais rencontré à Albiza, accompagnée de 3 allemands fort sympathique. Ce soir nous dinons ensemble et par chance une allemande, Sonia, parle français, je suis sauvé, elle est très souriante et très drôle.

    Vendredi 21, direction Burgos, la première partie de l’étape est très sympa, relativement rude à monter, je dirais même à escalader par moment par des sentiers ultra rocailleux, mais une fois arrivé sur une grande esplanade je remarque une grande croix en bois, toute simple. Elle est située à 1077 mètres d’altitude et aucun arbre aux alentours fait qu’elle est très dégagée. Une plaque métallique se trouve à côté avec une phrase en espagnol écrite dessus. Après quelque recherche de traduction ça donne ça: “ Depuis que le pèlerin a dominé les montagnes de Navarre à Burguete et a vu les vastes champs d'espagne, il n’a pas bénéficié d’une plus belle vue comme celle ci.” En effet, depuis cette colline je peux avoir une vue plongeante sur toute la vallée de Burgos. Je n’ai pas pu m’empêcher de m’agenouiller devant cette majestueuse croix quelques instants. Une fois redescendu pour arriver à Villafra de Burgos où j’ai pris un petit café en solo, je retrouve Elisabeth avec qui je reprends mon chemin. Il nous reste environ 12 km avant d’arriver dans le centre ville, et là ce fut moins agréable, je dirai même épouvantable. J’ai laissé Elisabeth, qui souhaitait prendre le bus, derrière moi et j’ai continué cette horrible route seul. Je suis en chemin vers une zone commerciale d’environ 4 km, dépourvue de tout charme avec des mauvaises odeurs continuelles, des ronds points en n’en plus finir pour commencer à découvrir une ville qui ne me donne aucune motivation à marcher. Je marche tel un zombi, exténué, tenant à peine mes béquilles dans les mains tellement elles me faisaient mal, de plus des crampes sont apparues sur ma jambe droite et bien évidement mes douleurs du moignon se réveillent. Une seule hâte, arriver à mon hôtel. A mon arrivée je découvre une gigantesque et magnifique cathédrale, consolation de cette deuxième partie de journée. Deuxième consolation, je récupère les clés de ma chambre et découvre une baignoire, c’est l’apothéose. Ce bon bain me remet sur pied et je pars à la découverte de la ville. Malheureusement la cathédrale est fermée au public en semaine, j’irai donc la voir demain matin, samedi. Je flâne dans la ville dont le centre est très joli, n’ayant pas encore mangé je prends une petite salade. Je croise les 3 allemands et nous décidons de nous retrouver à 19h pour dîner ensemble. Le soir venu je les retrouve donc comme prévu, mais nous ne sommes pas que tous les 4, nous sommes une bonne dizaine de pèlerins, c’est vraiment une soirée très sympa. Nous venons tous d’un endroit, avec une histoire de vie différente à partager, que c’est riche. 

    Samedi 22, direction la cathédrale Sainte Marie pour une visite de deux heures où j’ai déambulé de chapelle en chapelle avec beaucoup d'émerveillement devant tous ces chefs-d'œuvre. Après cette belle visite j’ai repris mon sac à dos et je suis prêt à repartir accompagné d'Elisabeth. Nous partons vers midi direction Hornilos del Camino, une étape de 22 km. La sortie de Burgos se passe bien, plus agréable que l’entrée, nous nous sommes un peu égarés et un espagnol nous a gentiment raccompagné sur la bonne route. De vastes sentiers de pierre s'offrent à nous à la sortie de la ville suivi de vastes étendues céréalières, c’est donc le début du plat qui va me conduire jusqu’à Leon. Nous arrivons vers 19h, les Allemands nous attendent pour prendre possession du gîte communal où nous allons tous dîner. Au menu, une bonne soupe de pomme de terre suivie d’une salade et le dîner était terminé, nous sommes tous resté sur notre faim. A notre arrivée ce soir-là, une jeune hollandaise de 25 ans toute fluette est arrivée en même temps. J’ai l’impression qu’elle a des ressorts sous les pieds. Elle arrive tout droit de Hollande et fait entre 40 et 50km par jour et sa plus grosse étape est de 58 km. Je suis impressionné, elle ne paraît même pas fatiguée.

    Dimanche 23, nous repartons tous ensemble vers Castrojeriz, mais ce fut de courte durée car notre petite hollandaise nous a semé au bout de 20 minutes, son objectif du jour est de 40 km alors que le miens est de 20 km, “petit joueur”. Les allemands finissent également par prendre de l’avance souhaitant faire deux étapes ce jour. Un peu nostalgique de leur départ m’étant bien accommodé de leur compagnie. C’est donc avec Elisabeth que je continue ma route, notre objectif étant de trouver une messe en ce dimanche de Pentecôte, et ce n'est pas une mince affaire,trouver une messe à l’heure où nous arrivons dans un village est bien compliqué. Nous finissons par atteindre un joli village nommé Hontanas où nous prenons un petit café et jus d’orange et passons voir l'église, malheureusement la messe est à 18h. Nous reprenons notre route, les paysages semblables de la veille, nous passons devant les ruines du monastère de San Anton où nous faisons notre pause déjeuner. Nous arrivons à notre étape relativement tôt mais malheureusement aucune messe malgré la grande présence des monastères.

Je vous souhaite à tous un très bon weekend sous le soleil qui a l’air de revenir doucement

Hervé, sa prothèse et ses béquilles

 

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