Des portes closes


 Holà,

    C’est parti pour vous raconter ma douzième semaine de marche, 12 c’est assez dingue. Cette semaine intense m’ajoute 146 km au compteur soit 1537 km de parcouru à quelques jours de mes 3 mois de marche.

    J’ai eu sur ma page facebook une remarque comme quoi je marche trop et ne me consacre pas assez de temps pour visiter, c’est en soi une réflexion qui s’entend, mais que faire d’autre que marcher quand tout est fermé cause covid? Samedi 29 je suis arrivé à Léon et le musée de la cathédrale qui fête ses 100 ans est fermé, le panthéon qu’il fallait visiter à San Isidore est fermé, la maison Gaudi est fermée… Alors difficile de visiter. Mais cela ne m’empêche pas de profiter tout de même et d’observer de magnifiques endroits.

    Lundi 24, je quitte Castrojeriz pour rejoindre Fromista. En sortant du village, une grosse pente se pointe devant moi. Je peux vous dire qu’elle est raide, elle se dirige vers l’Alto de Mostelares, avec un dénivelé de 145 mètres sur 1,5 km. Ouf me voilà arrivé en haut en entier et face à moi une vue incroyable, à perte de vue, belle récompense. Je redescends de mon perchoir et là j’ai l’impression d’être revenu en France, il y a 2 mois dans les Landes mais sans les pins qui sont remplacés par de grandes étendues céréalières à ne pas finir. Les chemins sans fin sont qu’en à eux identiques aux Landes. Pour ceux qui aiment la solitude je vous encourage à y aller, me revoilà parti, tête baissée dans mes pensées d’homme solitaire. Pause déjeuner en compagnie d’Elisabeth et reprise de cette longue route. Un couple d’allemand me double en me faisant un grand signe, je remarque que la femme boite, j’apprends le soir même que la veille ils avaient dû faire 40 km faute d’auberge ouverte, ça me rapelle quelque chose. 1h plus tard je commence à longer le canal de Castilla, nouveau saut en arrière en pensant au canal de Nantes à Brest, c’est la journée nostalgie. Je termine mon chemin face à l’église de Fromista qui méritait bien une pause contemplation face à cette architecture tout en cascade. Grosse journée de 27 km pour arriver à l’auberge un peu avant 16h, c’est l’heure idéale, cela me laisse le temps de me poser. Un accueil chaleureux m’a été fait par les propriétaires, ce qui vaut leur bonne réputation, leur hébergement est conservé dans son jus et est charmant.

    Mardi 25, après une bonne nuit de récupération je me réserve une journée plus cool au niveau kilomètre pour rejoindre la commune de Carrion de Los Condés. Les paysages se ressemblent, je marche tout droit, laissant mon esprit divaguer et mes yeux observer ses étendues de céréales. J’arrive à mon étape de bonne heure où j’ai réservé à l’auberge du couvent Santa Clara, le lieu est sympathique mais le logement très vétuste, c’est marrant de voir le changement d'une auberge à une autre. Vu que j’ai mon après midi devant moi j’ai pu prendre 3h pour écrire et ensuite aller découvrir ce beau village avec beaucoup de charme, je me suis rendue devant les 3 églises mais portes closes encore une fois.

    Mercredi 26, une grosse journée m’attend, près de 30 km, la fameuse étape dont j’entends parler depuis mon départ, soit 17 km de traversée sans aucune habitation et dans le même style de paysage que la veille. Je suis content de voir que le soleil est un peu timide dans la matinée ce qui rend la marche moins pénible. A peine arrivé à Calzadilla je me suis rué dans le seul bar ouvert pour me désaltérer et me reposer un peu en compagnie d’Elisabeth et de Annick, une belge rencontrée quelques instants avant. Nous repartons toujours dans le même décor, sans âmes qui vivent et croisent très peu de pèlerins. Enfin à 16h je vois apparaître Terradillos de Los Templarios, je ne suis pas mécontent d’y arriver. Après une bonne douche  c’est parti pour une séance de soin de moignon, je peux constater que mes blessures de la semaine passée sont en bonne voie de guérison. Je suis content car les chaleur et les longues marche n'aident pas à la guérison. J’ai passé une agréable soirée entre Français, Brésiliens, Italiens et Polonaises pendant laquelle une guitare est passée de main en main pour animer cette belle rencontre. J’ai passé mon tour évidemment…

    Jeudi 27, nouvelle journée qui s’annonce avec toujours les mêmes paysages que les jours précédents, à cette “routine visuelle” s’ajoute la chaleur qui est de plus en plus présente et pèse un peu. Vers les 13h je croise deux Polonais qui parle très bien français et nous découvrons que nous faisons halte dans la même auberge le soir. Arrivé en milieu d’après midi à Bercianos del real Camino, petit village fantôme ou un certain nombre de maisons sont inhabitées et tombent à l’abandon. Je croise comme prévu les deux polonais et convenons de dîner ensemble. Nous nous posons dans le seul restaurant du village. Ils m’expliquent qu’ils habitent depuis 25 ans en Martinique et qu’ils sont prêtres. Ils ont chacun une paroisse et ont 1 mois pour rejoindre Compostelle sachant qu’ils sont partis de Saint Jean Pied de Port. Petit bénédicité au début du repas et la soirée à été très sympa, nous nous sommes donné RDV le lendemain à l’étape suivante pour avoir une messe ensemble. Joie.

    Vendredi 28, une grosse journée de marche, je décide de partir à 7h pour rejoindre Bercianos del Real Camino. Je marche principalement sur de longs sentiers bordés de platanes qui sont les bienvenus pour me protéger du soleil. La chaleur m’oblige à faire plus d’arrêts qu’avant pour retirer ma prothèse et bien essuyer le manchon qui protège mon moignon. Après cette journées où les températures ont frôlé les 30° j’étais bien content d’être enfin arrivé à mon étape et de me désaltérer. Le soir venu comme convenu j’ai assisté à la messe avec les deux prêtres et quelques fidèles nous ont rejoint. A la sortie nous nous sommes dit adios car le lendemain ils vont faire une étape de plus que moi mais nous nous donnons rdv à Compostelle car ils y resteront quelques jours.

    Samedi 29, je me lève sous un beau soleil, départ à 7h ravis de rejoindre Léon, réputé pour sa beauté et chargé d’histoire, mais avant cela il faut affronter une nouvelle journée de monotonie en paysage et je marche une grande partie de la matinée aux abords d’une autoroute avec un gros trafic routier. La rentrée dans Léon fut beaucoup moins pénible que celle de Burgos et quelle satisfaction de me retrouver face à la cathédrale Santa Maria, une pure merveille, je suis restée éblouie face à cet édifice gothique espagnol. Je fini par trouver mon auberge où je m’impose une petite sieste d’une heure, un peu d’écriture histoire de rattraper mon retard et je sors visiter cette belle ville. Encore une fois je me retrouve devant des portes closes face aux Églises ainsi que la plupart des musées. Mission du jour, trouver des embouts pour Aude et Philippe, mes béquilles, c’est la catastrophe, je marche sur la ferraille depuis hier. Au bout de la cinquième pharmacie j’ai fini par trouver une paire, à croire que les espagnols ne se cassent jamais une jambe. J’ai donné rdv à Annick et Elisabeth pour dîner ensemble.

    Dimanche 30, jour de repos complet et jour du Seigneur. Je m’accorde une grasse matinée jusqu’à 8h et un petit déjeuner en terrasse face à la cathédrale suivie d’une visite à 10h. Un moment extraordinaire où j’ai pu admirer tous les vitraux qui représentent une surface de 1800m². A 12h il y a une messe avec le grand orgue mais malheureusement sans chorale. L’après midi repos et ballade dans Léon. C’est très agréable de pouvoir me poser un peu après cette semaine assez difficile.

    Ce pèlerinage m’apporte toujours autant de bonheur, de rencontres “éphémères” incroyables, je prends ce temps nécessaire pour me ressourcer, que du positif. Compostelle n’est plus très loin!

Bon Weekend à tous

Hervé, sa prothèse et ses béquilles

 

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