L'arrivée à Compostelle

 


Holà todos,

     L’arrivée à Compostelle c’est pour cette publication. Du 09 au 12 juin j’ai effectué 94 km, soit 1855 km de Sainte Anne d’Auray à Saint Jacques de Compostelle avec un crochet par Lourdes. J’y suis arrivé!

    Quand je suis arrivé à Zubiri début mai j’ai rencontré Olivier Amiri, un personnage incontournable du chemin de Compostelle. Il m’a demandé de lui donner 3 miracles qui sont arrivés lors de mon chemin? Sur le moment je n’ai su quoi lui répondre. Les jours et les semaines sont passés et aujourd’hui je peux te répondre Olivier. Quand je suis parti sur les chemins je n’attendais aucun miracle, la preuve, arrivé au bout de mon périple il me manque toujours une jambe. Par contre ces sentiers m’ont donné trois choses incroyables: la SÉRÉNITÉ, la PERSÉVÉRANCE et la SPIRITUALITE.

      La sérénité car j’ai eu ce sentiment d’apaisement, de calme, de joie, de paix, rien qu’en contemplant les paysages qui défilaient devant moi. Chaque jour me rendait heureux, toute inquiétude disparaissait ainsi que le stress de la vie quotidienne, cela n’a pas de prix.

    La persévérance, je me suis épaté un peu chaque jour, ce chemin demande de la ténacité, de l’acharnement de la volonté pour éviter de se décourager et d’abandonner, et je l’ai fait.

    La spiritualité, en tant que catholique ce chemin n’a fait que renforcer ma foi en priant ou en pensant à Dieu pendant mes moments plus difficiles ou de solitude.

Voilà Olivier je réponds à ta question et j’espère que tu liras ces quelques phrases.

    Mercredi 9, je reprends mon chemin pour rejoindre Pallas de Red. Je quitte donc Portomarin après avoir pris mon petit déjeuner dans un café, un très bon moment au milieu des pèlerins que je côtoie depuis plusieurs jours maintenant. En quittant le village, je longe un moment le fleuve de Minho ainsi que son lac artificiel de Belesar. Quelques kilomètres plus loin je me retrouve face à un beau dénivelé d’environ 400 mètres sur une bonne dizaine de km, ce qui rend l'ascension moins difficile, mais tout de même fatigante à cause de la chaleur. En arrivant dans un minuscule village, Vente de Naron, où se trouve la chapelle de la Madeleine, la porte est ouverte et je découvre un magnifique autel. Il y a une personne d’un certain âge qui a la responsabilité de la bonne tenu de ce lieu, il me propose de tamponner mon crédential ce que j’accepte bien volontiers. En nous dirigeant vers l’autel je m'aperçois qu’il est aveugle, ce fut une opération délicate pour tamponner mon credential mais sommes parvenu à nos fins. Je me suis poser à l’extérieurs quelques instant et remplir ma gourde d’eau à la fontaine tout en regardant le défilé de pèlerins qui passait devant moi en me souhait            ant un bon Camino en levant le pouce en l’air en me voyant armé de ma prothèse. A l’heure du déjeuner mon trio franco portugais me rejoint et nous repartons ensemble d’un bon pas jusqu’à la fin de l’étape sur un beau sentier pédestre.

    Jeudi 10, cette journée va être difficile pour moi, environ 28 km en vue et plusieurs dénivelés, pas très pentus mais surtout à répétitions et sous une grosse chaleur. Je pars donc avant les autres sachant très bien qu’ils me rattraperont sans problème. Je croise plusieurs pèlerins de tous horizons mais je suis vite semé. Je me sens bizarre, une boule au ventre, pas d’angoisse mais d’émotions, je ne suis plus qu'à trois jours du but ultime. Je décide donc de prendre mon temps, de faire des pauses plus souvent, je ne suis pas du tout pressé d’arriver à Saint Jacques de Compostelle en fait. Je marche un peu à reculons. Je devrais être heureux, crier ma joie, chanter des alléluia (même si je chante faux), mais ce n’est pas le cas. Je me dis que c’est certainement la nostalgie du chemin parcouru depuis 3 mois  qui me rends comme ça. Sans prévenir mes pensées me tournent vers mon 3ème jour de marche, ma pause déjeuner sur la tombe de papa et maman, leur expliquant mon projet et mes grandes incertitudes d’arriver jusqu’au bout. J’étais là, assis sur leur tombe à manger mon sandwich, à leur parler comme ci je les voyais. Aujourd’hui, alors que je ne suis plus qu’à 60 km de l’arrivée, je suis certain que de là haut ils sont fiers de moi, fier de mon exploit presque accompli. J’arrive vers 13h à Melide, village réputé pour la dégustation de pieuvres galiciennes mais je fais le choix d’un repas plus léger pour pouvoir finir ma journée. Je fais une pause plus longue pour permettre à ma jambe valide de se détendre, une tendinite me titille depuis quelques jours. Aude et Philippe, mes béquilles, posées à côté de moi ont pris un certain coup de vieux par ce chemin, elles auront été de bons piliers. J'aperçois mon petit couple de portugais suivit quelques instants plus tard d’Anne Sophie. Après une heure de pause je décide de repartir, il me reste encore 6 bonnes heures de marche. La chaleur est de plus en plus présente et je dois faire des haltes toutes les demi-heures pour enlever ma prothèse à cause de la transpiration et ainsi éviter une nouvelle blessure. Il y a deux jours en marchant je sentais que je perdais ma prothèse, j’ai voulu continuer quand même, bien mal m’en à prit, car elle a fini par tomber à terre et je me suis retrouvé comme un idiot au milieu du sentier, seul, à réfléchir comme me dépêtrer de cette situation qui m’a fait beaucoup rire. Je me suis donc débarrassé de mon sac à dos tant bien que mal pour me permettre de m’asseoir, de retirer mon bermudas et ainsi ré-enfiler ma prothèse, et enfin me relever non sans mal. 200 mètres plus je m’aperçois que quelque chose cloche, je marche tel un canard, j’ai mal remis ma prothèse, ouf cette fois ci un rocher me tend les bras et je peux remettre ma prothèse plus facilement. Le chemin que j’emprunte est très agréable en plein milieu d’une forêt d’Eucalyptus, traversé d’un petit ruisseau et surtout à l’ombre. J’arrive à Fraja Alta exténué, mon genou me fait souffrir ainsi que mes deux poignets. Petite pause obligé dans un café pour prendre une bière bien fraîche, je commence à somnoler sur ma chaise quand Anne Sophie arrive et passe la même commande que moi. Nous repartons 20 minutes plus tard, il nous reste environ 7 km, soit 2 petites heures de marche. Les derniers kilomètres nous semblent interminables et arrivons enfin à Arzua après une journée de 11h de marche. Arrivés à proximité de l’auberge, je croise une dizaine de pèlerins espagnol rencontrés la veille, à mon passage ils m’applaudissent ce qui me réconforte de ma journée épuisante.

    Vendredi 11, je repars à 7h30 seul, sachant très bien que mes compères de marche me rattraperont à midi. Avant dernière étape avant “le Saint Graal", et elle s’annonce plus facile, pas de grosses pentes en vue. Je traverse de belles pistes, entre forêts et prairies, ce qui est loin de me déplaire. Deux espagnols arrivent à ma hauteur, l’un d’eux parle très bien français, très intrigué par ma prothèse nous entamons la conversation pendant une bonne heure et demi, puis ils reprennent leur rythme en me demandant avant tout le nom de la page facebook. Je les retrouve une heure plus tard dans un café et ils m’offrent gentillement mon jus de fruits. Nous continuons notre conversation, et me dit que son ami est journaliste et doit faire un direct à la radio à 11h, il aimerait parler de moi, du coup il me pose quelques questions afin d’en savoir plus sur mon projet. En quittant le village, cette fois ci c’est un allemand qui arrive à ma hauteur, il me reconnait grâce à ma page, il était encore plus ému que moi et quelques larmes lui coulaient des yeux après quelques selfies. Une petite heure de marche et je fais ma pause déjeuner, comme je l’avais prévu mes jeunes compagnons de chemin me rejoignent. Bien entendu nous prenons une bière chacun, je n’ai jamais autant bu de bières que depuis que je suis en Espagne, heureusement que je dépense entre 4000 et 6000 calories pour éliminer ce surplus de breuvage. Nous finissons notre chemin ensemble pour arriver vers 14h30 à O Pedrouzo, et avons toute l'après-midi pour nous reposer et faire notre lessive. Demain va être fort en émotion.

    Samedi 12, nous décidons de partir tôt pour être avant midi à Compostelle et ainsi assister à la messe des pèlerins. C’est à 6h que nous prenons la direction de Santiago, pour une étape de 19 km. Une émotion grandissante et étrange commence à me gagner, 3 mois et 4 jours, 1855 km, 12 paires de tampons de béquilles et 3 chapeaux pour atteindre enfin mon but final: SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE. Il fait à peine jour quand nous quittons O Pedrouzo, nous marchons 2 petites heures pour atteindre San Paio où nous nous arrêtons pour prendre un bon petit déjeuner que Félix, l’allemand, nous a généreusement offert pour son anniversaire. Nous reprenons le chemin et finissons par arriver à Monte de Gozo d’où nous dominons tout Santiago et bien entendu sa belle cathédrale.  J'observe ce monument et l’adrénaline commence à monter sérieusement. Ca y est nous sommes devant la pancarte SANTIAGO, où nous nous prenons tous ensemble en photo. Plus nous nous approchons moins nous nous parlons, un sentiment étrange s’installe en moi. Nous ne sommes plus qu’à 200 m de la Cathédrale, nous nous attendons et faisons ensemble la descente des escaliers où un sonneur de cornemuse nous accueille. J’ai la gorge tellement noué que je n’arrive pas à prononcer le moindre mot. Je suis sur l'esplanade, j’y suis, mes deux pieds tournés vers la cathédrale. Je laisse tomber mes béquilles, mon sac à dos, je m’agenouille pour remercier Saint Jacques. Je me relève, un espagnol vient à moi, depuis 3 semaines nous nous sommes croisés presque tous les jours, il me tape sur l’épaule et me dit juste bravo… Je craque! Je vais m'asseoir dans un coin tranquille pour décompresser. Je ne pleure pas de joie mais bien de tristesse, car je sais à cette minute précise que le pèlerinage est fini. La route est très longue pour y arriver mais l’arrivée est beaucoup trop brutale. C’est dur. Je regarde autour de moi, l’atmosphère est spéciale, de nombreux pèlerins sont assis, la tête entre les mains comme moi, perdu ou à observer cette cathédrale tellement convoitée. Je me ressaisis, je me lève, je croise certains pèlerins qui me tombent dans les bras, c’est reparti, émotion ++. J'ai fini par rejoindre mon groupe. Malheureusement nous ne pouvons pas prendre la messe car le nombre de personnes est divisé par 3 à cause du covid. Nous déjeunons tous ensemble et vers 16h nous rejoignons notre logement où je m’écroule littéralement durant 2h, épuisé par tant d'émotions. Pour notre dernière soirée nous nous retrouvons tous à table où nous passons un excellent moment jusqu’à tard dans la soirée.

Lundi je reprendrais la route vers Cap Finisterre où je retrouverais Aude, ma femme.

 

Hervé, sa prothèse et ses béquilles.

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