L'arrivée à Compostelle
Holà todos,
Quand je suis
arrivé à Zubiri début mai j’ai rencontré Olivier Amiri, un personnage
incontournable du chemin de Compostelle. Il m’a demandé de lui donner 3
miracles qui sont arrivés lors de mon chemin? Sur le moment je n’ai su quoi lui
répondre. Les jours et les semaines sont passés et aujourd’hui je peux te
répondre Olivier. Quand je suis parti sur les chemins je n’attendais aucun
miracle, la preuve, arrivé au bout de mon périple il me manque toujours une
jambe. Par contre ces sentiers m’ont donné trois choses incroyables: la
SÉRÉNITÉ, la PERSÉVÉRANCE et la SPIRITUALITE.
La sérénité car
j’ai eu ce sentiment d’apaisement, de calme, de joie, de paix, rien qu’en
contemplant les paysages qui défilaient devant moi. Chaque jour me rendait
heureux, toute inquiétude disparaissait ainsi que le stress de la vie
quotidienne, cela n’a pas de prix.
La persévérance, je
me suis épaté un peu chaque jour, ce chemin demande de la ténacité, de
l’acharnement de la volonté pour éviter de se décourager et d’abandonner, et je
l’ai fait.
La spiritualité, en
tant que catholique ce chemin n’a fait que renforcer ma foi en priant ou en
pensant à Dieu pendant mes moments plus difficiles ou de solitude.
Voilà Olivier je
réponds à ta question et j’espère que tu liras ces quelques phrases.
Mercredi 9, je
reprends mon chemin pour rejoindre Pallas de Red. Je quitte donc Portomarin
après avoir pris mon petit déjeuner dans un café, un très bon moment au milieu
des pèlerins que je côtoie depuis plusieurs jours maintenant. En quittant le
village, je longe un moment le fleuve de Minho ainsi que son lac artificiel de
Belesar. Quelques kilomètres plus loin je me retrouve face à un beau dénivelé
d’environ 400 mètres sur une bonne dizaine de km, ce qui rend l'ascension moins
difficile, mais tout de même fatigante à cause de la chaleur. En arrivant dans
un minuscule village, Vente de Naron, où se trouve la chapelle de la Madeleine,
la porte est ouverte et je découvre un magnifique autel. Il y a une personne
d’un certain âge qui a la responsabilité de la bonne tenu de ce lieu, il me
propose de tamponner mon crédential ce que j’accepte bien volontiers. En nous
dirigeant vers l’autel je m'aperçois qu’il est aveugle, ce fut une opération
délicate pour tamponner mon credential mais sommes parvenu à nos fins. Je me
suis poser à l’extérieurs quelques instant et remplir ma gourde d’eau à la
fontaine tout en regardant le défilé de pèlerins qui passait devant moi en me
souhait ant un bon Camino en
levant le pouce en l’air en me voyant armé de ma prothèse. A l’heure du
déjeuner mon trio franco portugais me rejoint et nous repartons ensemble d’un
bon pas jusqu’à la fin de l’étape sur un beau sentier pédestre.
Jeudi 10, cette
journée va être difficile pour moi, environ 28 km en vue et plusieurs
dénivelés, pas très pentus mais surtout à répétitions et sous une grosse
chaleur. Je pars donc avant les autres sachant très bien qu’ils me rattraperont
sans problème. Je croise plusieurs pèlerins de tous horizons mais je suis vite
semé. Je me sens bizarre, une boule au ventre, pas d’angoisse mais d’émotions,
je ne suis plus qu'à trois jours du but ultime. Je décide donc de prendre mon
temps, de faire des pauses plus souvent, je ne suis pas du tout pressé
d’arriver à Saint Jacques de Compostelle en fait. Je marche un peu à reculons.
Je devrais être heureux, crier ma joie, chanter des alléluia (même si je chante
faux), mais ce n’est pas le cas. Je me dis que c’est certainement la nostalgie
du chemin parcouru depuis 3 mois qui me
rends comme ça. Sans prévenir mes pensées me tournent vers mon 3ème jour de
marche, ma pause déjeuner sur la tombe de papa et maman, leur expliquant mon
projet et mes grandes incertitudes d’arriver jusqu’au bout. J’étais là, assis
sur leur tombe à manger mon sandwich, à leur parler comme ci je les voyais.
Aujourd’hui, alors que je ne suis plus qu’à 60 km de l’arrivée, je suis certain
que de là haut ils sont fiers de moi, fier de mon exploit presque accompli.
J’arrive vers 13h à Melide, village réputé pour la dégustation de pieuvres
galiciennes mais je fais le choix d’un repas plus léger pour pouvoir finir ma
journée. Je fais une pause plus longue pour permettre à ma jambe valide de se
détendre, une tendinite me titille depuis quelques jours. Aude et Philippe, mes
béquilles, posées à côté de moi ont pris un certain coup de vieux par ce
chemin, elles auront été de bons piliers. J'aperçois mon petit couple de
portugais suivit quelques instants plus tard d’Anne Sophie. Après une heure de
pause je décide de repartir, il me reste encore 6 bonnes heures de marche. La
chaleur est de plus en plus présente et je dois faire des haltes toutes les
demi-heures pour enlever ma prothèse à cause de la transpiration et ainsi
éviter une nouvelle blessure. Il y a deux jours en marchant je sentais que je
perdais ma prothèse, j’ai voulu continuer quand même, bien mal m’en à prit, car
elle a fini par tomber à terre et je me suis retrouvé comme un idiot au milieu
du sentier, seul, à réfléchir comme me dépêtrer de cette situation qui m’a fait
beaucoup rire. Je me suis donc débarrassé de mon sac à dos tant bien que mal
pour me permettre de m’asseoir, de retirer mon bermudas et ainsi ré-enfiler ma
prothèse, et enfin me relever non sans mal. 200 mètres plus je m’aperçois que
quelque chose cloche, je marche tel un canard, j’ai mal remis ma prothèse, ouf
cette fois ci un rocher me tend les bras et je peux remettre ma prothèse plus
facilement. Le chemin que j’emprunte est très agréable en plein milieu d’une
forêt d’Eucalyptus, traversé d’un petit ruisseau et surtout à l’ombre. J’arrive
à Fraja Alta exténué, mon genou me fait souffrir ainsi que mes deux poignets.
Petite pause obligé dans un café pour prendre une bière bien fraîche, je commence
à somnoler sur ma chaise quand Anne Sophie arrive et passe la même commande que
moi. Nous repartons 20 minutes plus tard, il nous reste environ 7 km, soit 2
petites heures de marche. Les derniers kilomètres nous semblent interminables
et arrivons enfin à Arzua après une journée de 11h de marche. Arrivés à
proximité de l’auberge, je croise une dizaine de pèlerins espagnol rencontrés
la veille, à mon passage ils m’applaudissent ce qui me réconforte de ma journée
épuisante.
Vendredi 11, je
repars à 7h30 seul, sachant très bien que mes compères de marche me
rattraperont à midi. Avant dernière étape avant “le Saint Graal", et elle
s’annonce plus facile, pas de grosses pentes en vue. Je traverse de belles
pistes, entre forêts et prairies, ce qui est loin de me déplaire. Deux
espagnols arrivent à ma hauteur, l’un d’eux parle très bien français, très
intrigué par ma prothèse nous entamons la conversation pendant une bonne heure
et demi, puis ils reprennent leur rythme en me demandant avant tout le nom de
la page facebook. Je les retrouve une heure plus tard dans un café et ils
m’offrent gentillement mon jus de fruits. Nous continuons notre conversation,
et me dit que son ami est journaliste et doit faire un direct à la radio à 11h,
il aimerait parler de moi, du coup il me pose quelques questions afin d’en
savoir plus sur mon projet. En quittant le village, cette fois ci c’est un
allemand qui arrive à ma hauteur, il me reconnait grâce à ma page, il était
encore plus ému que moi et quelques larmes lui coulaient des yeux après
quelques selfies. Une petite heure de marche et je fais ma pause déjeuner,
comme je l’avais prévu mes jeunes compagnons de chemin me rejoignent. Bien
entendu nous prenons une bière chacun, je n’ai jamais autant bu de bières que
depuis que je suis en Espagne, heureusement que je dépense entre 4000 et 6000
calories pour éliminer ce surplus de breuvage. Nous finissons notre chemin
ensemble pour arriver vers 14h30 à O Pedrouzo, et avons toute l'après-midi pour
nous reposer et faire notre lessive. Demain va être fort en émotion.
Samedi 12, nous
décidons de partir tôt pour être avant midi à Compostelle et ainsi assister à
la messe des pèlerins. C’est à 6h que nous prenons la direction de Santiago,
pour une étape de 19 km. Une émotion grandissante et étrange commence à me
gagner, 3 mois et 4 jours, 1855 km, 12 paires de tampons de béquilles et 3
chapeaux pour atteindre enfin mon but final: SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE. Il
fait à peine jour quand nous quittons O Pedrouzo, nous marchons 2 petites
heures pour atteindre San Paio où nous nous arrêtons pour prendre un bon petit
déjeuner que Félix, l’allemand, nous a généreusement offert pour son
anniversaire. Nous reprenons le chemin et finissons par arriver à Monte de Gozo
d’où nous dominons tout Santiago et bien entendu sa belle cathédrale. J'observe ce monument et l’adrénaline
commence à monter sérieusement. Ca y est nous sommes devant la pancarte
SANTIAGO, où nous nous prenons tous ensemble en photo. Plus nous nous
approchons moins nous nous parlons, un sentiment étrange s’installe en moi.
Nous ne sommes plus qu’à 200 m de la Cathédrale, nous nous attendons et faisons
ensemble la descente des escaliers où un sonneur de cornemuse nous accueille.
J’ai la gorge tellement noué que je n’arrive pas à prononcer le moindre mot. Je
suis sur l'esplanade, j’y suis, mes deux pieds tournés vers la cathédrale. Je
laisse tomber mes béquilles, mon sac à dos, je m’agenouille pour remercier
Saint Jacques. Je me relève, un espagnol vient à moi, depuis 3 semaines nous
nous sommes croisés presque tous les jours, il me tape sur l’épaule et me dit
juste bravo… Je craque! Je vais m'asseoir dans un coin tranquille pour
décompresser. Je ne pleure pas de joie mais bien de tristesse, car je sais à
cette minute précise que le pèlerinage est fini. La route est très longue pour
y arriver mais l’arrivée est beaucoup trop brutale. C’est dur. Je regarde
autour de moi, l’atmosphère est spéciale, de nombreux pèlerins sont assis, la
tête entre les mains comme moi, perdu ou à observer cette cathédrale tellement
convoitée. Je me ressaisis, je me lève, je croise certains pèlerins qui me
tombent dans les bras, c’est reparti, émotion ++. J'ai fini par rejoindre mon
groupe. Malheureusement nous ne pouvons pas prendre la messe car le nombre de
personnes est divisé par 3 à cause du covid. Nous déjeunons tous ensemble et
vers 16h nous rejoignons notre logement où je m’écroule littéralement durant
2h, épuisé par tant d'émotions. Pour notre dernière soirée nous nous retrouvons
tous à table où nous passons un excellent moment jusqu’à tard dans la soirée.
Lundi je
reprendrais la route vers Cap Finisterre où je retrouverais Aude, ma femme.
Hervé, sa prothèse
et ses béquilles.




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