Les auberges


Holà todos,

 Ca alors, si on m’avait dit que trois mois pile après mon départ, le 8 juin je passerai la borne Saint Jacques de Compostelle: 100 km, sans avoir affronté trop d'embûches je n’y aurai pas cru. Ce pèlerinage est mythique et connu de beaucoup de monde, catholiques ou non, grands sportifs ou non, valides ou handicapés. Moi, Hervé, je suis loin d’être un grand sportif, je fais partie des “catho” et handicapé, Aude et Philippe, mes béquilles, font plutôt partie du clan des grands sportifs… à nous trois nous faisons un bon trio et nous avançons si bien. Reprise de mon récit pour la semaine 13, du 31 mai au 04 juin, j’ajoute 130 km et suis donc à un total de 1667 km en 3 mois.

Lundi 31, ce matin une nouvelle semaine s’offre à moi et je quitte Léon aux aurores, à 6h. Partir aussi tôt m’offre une agréable impression d’être seul à déambuler dans les rues de cette belle ville. Je croise seulement les agents de nettoyage qui œuvrent pour préserver ce lieu d’une propreté irréprochable. Je passe devant la cathédrale, Elisabeth m’y attend pour me dire au revoir car c’est son jour de retour en France.  Me voilà de nouveau seul pour partir vers San Martin del Camino, je prends mon courage à deux mains, à deux béquilles même, pour affronter les 30° qui m’attendent. Ce ne fut pas une journée des plus passionnante, je ne fais que longer la nationale 120 où il y a un trafic incessant de poid lourd. J’arrive à San Martin del Camino et découvre l’auberge juste à l’entrée du village toujours au bord de la nationale avec ce bruit infernal des poids lourds. Le propriétaire des lieux me reçoit chaleureusement, sourire aux lèvres il m’explique brièvement les règles du lieu et me propose de déjeuner, ce que j’accepte avec plaisir. Une fois ma douche prise, je m’attable en compagnie de 3 espagnols super sympa dont un qui parle un peu Français, ce qui facilite les choses. J’ai passé un super moment. A la fin du déjeuner, très très copieux un français, Bernard, a franchi le pas de la porte, dès qu’il m’a vu, ou plutôt vu ma prothèse, il m’a reconnu via ma page facebook. Le reste de la journée et la soirée ont été très agréables.

Mardi 1er juin, je quitte San Martin après un bon petit déjeuner pour rejoindre Astorga. Le temps est incertain, voire même orageux. L’étape est exactement la même qu’hier, longue et je commence à désespérer un peu, petit coup de mou? La pluie arrive, je marche le long de la nationale, sur un sentier d’herbe haute où j’ai du mal à béquiller. Enfin j’arrive au village de Hospital de Orbigo sous un gros orage et la grêle est bien présente aussi. Heureusement j’avais prévu le coup et je m’étais équipé de mes vêtements de pluie. Je me précipite dans le premier bar que je trouve où je prends un petit café en attendant que ça se calme. Je reprends mon chemin sans avoir l’opportunité de visiter ce charmant village et au bout d’une heure de marche la pluie a laissé place au soleil. Nouvelle halte pour me dévêtir de mes vêtements de pluie. Au loin j'aperçois enfin un changement de paysage où la plaine reste derrière moi et je commence à marcher sur un terrain légèrement montagneux, la petite baisse de moral des derniers jours reprend le dessus. Il est 13h je commence à avoir faim et je n’ai rien pour le déjeuner. J’avance et je vois un bâtiment qui ressemble à un garage avec autour des petites cabanes très colorées, je m’avance et là une grande table ronde est présente avec tout un assortiment de fruits et de rafraîchissement. Le propriétaire des lieux surgit et me dit “ Je suis la providence du chemin, tout ce qui est à moi est à toi, mange ce que tu veux…” et le voilà qu’il disparaît aussi vite qu’il était arrivé. Je lève les yeux au ciel et remercie Saint Jacques avant de me servir. Je me trouve un petit coin à l’ombre et déjeune, je me sens tellement bien que je reste une bonne demi heure à me prélasser dans ce lieu hors norme. En repartant je remarque une tirelire en bois j’y glisse quelques euros avant de repartir en lui lançant un Adios de loin, heureux de cette pause imprévue. J’arrive à Astorga peut avant 15h où je trouve mon auberge rapidement. Après une bonne douche je pars visiter cette petite ville très riche en histoire et charmante. Je visite l’extérieur de la cathédrale et juste à côté son palais épiscopal de construction néo-gothique qui sert aujourd’hui de musée. Pour la première fois depuis Roncevaux je dîne seul ce soir, un moi à moi agréable.

Mercredi 2, la nuit fut courte à cause des ronflements dans mon dortoir. Je quitte l’auberge et Astorga à 6h sous un magnifique levé de soleil pour me diriger au village de Foncebadon à 27 km d’ici. Au programme un dénivelé de 500m pour monter à 1437 m d’altitude. Je laisse définitivement les plaines de la Castille derrière moi et commence à marcher progressivement sur de douces montées par un sentier arboré de genêts jaune et blanc tout en fleurs, ainsi que de belles lavandes sauvages. Mon odorat n’est pas insensible à cette végétation et cela me donne beaucoup de joie et me retrouve dans cette belle nature Espagnole. C’est donc avec beaucoup d’émerveillement et d’enthousiasme que continue mon chemin dont le dénivelé se fait sentir de plus en plus. C’est à partir de Rabanal del Camino que les choses se corsent, le sentier devient plus caillouteux et glissant. Le dénivelé s’intensifie mais j’en prends pleins les yeux face à ces tapis de bruyères à perte de vue tout en fleurs. Je me dis que j’ai choisi le meilleur mois de l’année pour admirer ce parfait décor que la nature nous prête que que l’on doit respecter. Je suis seul, aucun pèlerins aux alentour, je me pose admiratif de ce spectacle. L’endroit parfait pour me recueillir, réfléchir, me dire que ce chemin m’offre mille merveilles. Mais il est temps de sortir de cette bulle de contemplation pour reprendre ma route, encore 2h et pas les moindres. J’arrive à Foncebadon, il n’y a que 2 auberges d’ouvertes, elles sont complètes l’une comme l’autre, mais la deuxième propriètaire voyant ma fatigue et ma prothèse se démène pour me trouver un lit, ouf il était moins une que je fasse 5km de plus. Merci! En fin d’après midi fais connaissance avec une jeune française qui reprend son chemin interrompu en automne dernier à cause du confinement. Nous dînons ensemble et décidons de faire le chemin ensemble le lendemain.

Jeudi 3, comme convenu je retrouve Anne sophie à 7h pour prendre la direction de Ponferrada sous un épais brouillard à couper au couteau. Nous découvrons le même paysage que la veille et empruntons un sentier arboré de bruyères arbustives pour arriver à Cruz de Ferro où se trouve la fameuse croix en fer posée sur un mât en bois de 5 m de haut. La tradition est de déposer une pierre apportée de chez soi, n’en ayant pas prit je dépose une prière. Allez c’est parti pour affronter une descente à pic de 1050 à 500 m d’altitude pour rejoindre Ponferrada semé de quelques embûches rocailleuses, pas facile. Il est beaucoup plus difficile de descendre et toujours avec une concentration extrême pour savoir où et comment poser mes béquilles sans qu’elles glissent afin d’éviter la chute et ainsi me retrouver 100 m plus bas dans un ravin.  Je profite donc moins du paysage et je mets beaucoup plus de temps à atteindre le bas, ma hantise est vraiment de tomber et de me faire mal. Enfin j’arrive en bas, je souffle et nous méritons bien une petite bière en terrasse. Une fois bien abreuvés nous nous dirigeons vers notre auberge paroissial, San Nicolas, un accueil très chaleureux nous y est réservé. Installé et douché donc décidons d’aller dîner tout en visitant la ville. Un très beau château la domine mais a part ça pas grand chose à voir pour une ville de 60000 habitants, cela ressemble plus à une ville dortoir. Nous tournons un bon moment sans trouver d’endroit où manger. Un monsieur nous interpelle, il me reconnaît grâce à ma prothèse et se présente comme un des responsables de l’association de Compostelle. Nous essayons de nous faire comprendre et il finit par nous accompagner dans un petit resto où nous dinons en toute quiétude avant de regagner notre auberge pour un repos plus que mérité.

Vendredi 4, j’entame ma nouvelle étape du jour en compagnie d’Anne Sophie pour rejoindre Villafranca del Bierzo. Nous partons le ventre vide vu que la plupart des auberges ne fournissent plus de petit déjeuner à cause du covid. Nous sortons rapidement de la ville où nous longeons le fleuve arboré de platanes ce qui donne un certain charme à la route. Ouf, après 5 km nous trouvons un café, je prends la traditionnelle tortilla avec un café et un jus d’orange, le tout pour 7€, j’ai un peu de mal à digérer ce prix. Reprise de la route dans un paysage très différent de la veille, les montagnes nous entourent de chaque côté du sentier. Je sens un air de douceur ce qui est fort agréable, je découvre de belles étendues de vigne sur un terrain vallonné, le chemin commence à se corser un peu avec des températures entre 25 et 30 degrés. Nous finissons par arriver à Villafranca où nous sommes accueillis dans une auberge collée à une magnifique église. Le propriétaire des lieux s’appelle Jésus, âgé de 82 ans, toujours fidèle à son poste, c’est vraiment l’auberge typique de l’Espagne qu’il a su garder dans son jus avec beaucoup de bazar de part et d’autres, je m’y suis senti aussitôt bien car très paisible. Pour le dîner nous étions une dizaine, nous nous apprêtons à nous assoir quand Jésus nous demande de tendre les mains vers la table, ce fut pour moi le moment de jouer l'équilibriste ayant retiré ma prothèse, et il récite un bénédicité à sa façon, en parlant dans sa barbe et en espagnol, j’ai donc rien compris mais j’ai trouvé ce moment de partage intense. Je fais la connaissance d’un jeune couple de portugais Bernardo et Magdalena ainsi que Gabriel de la même nationalité et qui deviendront mes futurs compagnons de marche jusqu'à Santiago.

Aujourd’hui même, Vendredi 11 juin je suis plus qu’à une journée de marche de Saint Jacques de Compostelle, je n’en reviens pas!! Mais je ne m’arrête pas là… suite dans le prochain post

 

Hervé, sa prothèse et ses béquilles

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