Plus de batterie
Holà,
Ca y est,
Compostelle est passé depuis le 12 juin, ce fut une journée incroyable, j’y
reviendrai plus tard. Aujourd’hui je suis arrivé à Cap Finisterre où j’ai
retrouvé ma femme, beaucoup d’émotion, mais pareil j’y reviendrais dans un
futur post. Pour cette fois c’est seulement 4 jours que je vous raconte mais 4
jours intenses. Du 5 au 8 juin j’ai parcouru 94 km ce qui me fait arriver à
1761 km en 3 mois.
Samedi 5, grosse
étape qui s’annonce aujourd’hui, 28 km, le plus grand dénivelé du chemin
français en territoire espagnol. La première ascension s’effectue à travers des
Corredoiras, avec une différence d’altitude de 660 mètres sur une bonne dizaine
de kilomètres. Mais la partie la plus raide est celle de Las Herrerias avec 480
mètres d’altitude sur 5,7 km. Sac sur le dos nous quittons le village et le ton
est tout de suite donné, une belle côte nous fait face et une fois surmonter
nous pouvons contempler Villafranca avec son château enfoui dans sa vallée,
effet d’une belle carte postale. Durant les 10 km suivants, nous marchons entre
la nationale et l’autoroute, pas très passionnant, nous finissons par bifurquer
dans un sentier à l’abri du soleil. Le dénivelé commence à se faire sentir
sérieusement, entremêlé de pierres et rochers, j’en regrette presque la route,
le bitume. Malgré mes grosses difficultés à gravir ce gros dénivelé je ne peux
pas passer à côté de ce superbe paysage qui m’est offert, à gauche, à droite,
mes yeux en profitent. Nous arrivons tant bien que mal à La Faba, petit village
d’une quinzaine d’habitants, où passe environ 300 pèlerins par jour, où nous
avons le plaisir d’apercevoir un bar. Nous nous y “précipitons” assoiffés de
notre marche intensive. Nous sommes accueillis par trois babas cool, cigarette
à la bouche, je suppose qu’ils ne fument pas que du tabac vu l’odeur qui émane.
Nous prenons une bière et nous passons un bon moment à les écouter nous
raconter leur vie. En repartant nous rencontrons trois Italiens qui déclarent
forfait et prennent un taxi pour terminer l’étape. Il nous reste 4 km à faire
avant d’arriver à O Cebreiro et 500 m de dénivelé sous une température proche
des 32°, je suis exténué. Par moment il m’est impossible d’avancer je bloque, à
d’autre moment contraint de m'arrêter pour retirer ma prothèse où reprendre mon
souffle. Après 2,5 km et deux heures de marche nous arrivons à Laguna de
Castilla où nous faisons une nouvelle pause et l’aubergiste nous préviens que si
nous continuons sur O Cebreiro nous aurons un problème de logement, nous
décidons donc de rester pour la nuit et pas mécontent d’avoir terminé pour
aujourd’hui. Avec Anne-Sophie nous faisons un petit débrief et sommes d’accord
pour dire que cette ascension est plus difficile que celle de Roncevaux, en
particulier par le terrain très accidenté.
Dimanche 6, nous
repartons vers Triacastela où nous devons franchir la dernière pente abrupte
avant d’apercevoir O Cebreiro. Finalement cela ce fait sans grosses difficultés
grâce au sentier bien plus régulier que la veille. Je découvre un magnifique
village où un épais tapis de nuage couvre une grande partie des montagnes,
c’est un spectacle grandiose. L’église du village est ouverte, le padre y est,
je lui demande l’heure de la messe, elle est à 13h, je grimace un peu et il me
propose une bénédiction du pèlerin. Je suis ravi et accepte bien volontier en
présence d’Anne Sophie. Nous en profitons pour nous restaurer et nous sommes
rejoints par les portugais, ainsi nous finissons la marche tous ensemble. Après
la montée de la veille je m'attends bien à un moment devoir tout redescendre…
et cette descente n’est pas des plus évidente, je souffre au genou à l’appuis,
heureusement le magnifique paysage qui m’entoure m’aide à avancer. Cela fait
environ une semaine que je marche en compagnie d’Anne Sophie, tous les pèlerins
que nous croisons pensent que nous sommes père et fille, situation cocasse mais
amusante, j’imagine ma seule fille lire ça et être un brin jalouse… L’étape se
termine enfin après 23 km et 8h de marche sous une température avoisinant les
30°. La douche et le repos qui s'ensuit sont des plus agréables. Nous dînons en
compagnie de Bernardo et Magdalena et cette dernière me pose une question très
amusante. De sa petite voix elle me demande si j’ai bien connu Edith Piaf, je
l’a regarde un petit instant réfléchissant rapidement à ma réponse. Avec un
grand sourire je lui dis que ma barbe doit certainement me vieillir car quand
elle est décédée ne n’étais pas encore née. Elle me regarde toute confuse et
nous nous mettons à rire.
Lundi 7, je me
réveille de bonne heure et m'aperçois que j’ai oublié de brancher ma prothèse,
c’est la première fois que cela m’arrive depuis que je l’ai, je vais donc
pouvoir tester sa capacité d’énergie, petite pensée pour Sylvain de protéor
Vannes. En ce début de matinée la douceur est agréable mais présage une journée
chaude. Cette nouvelle étape pour rejoindre Sarria propose deux variantes, la
première par San Xil de 17 km ou par Samos de 25 km. Je choisis la variante la
plus longue pour son passage par le monastère de Samos. En y arrivant je
découvre un gigantesque monastère datant du 6ème siècle de toute beauté. Les
portes sont ouvertes, je me renseigne sur les horaires de visite, la première
est à 11h30. Malheureusement il est 10h, je fais donc le choix de continuer mon
chemin car il me reste encore 15 km à réaliser et pas des plus simple. De
retour au village, j'aperçois Anne Sophie et reprenons le chemin ensemble. Au
bout d’une heure de marche j’entends LE bruit pas rassurant de ma prothèse m’indiquant
qu’il va falloir rapidement trouver un moyen de recharger les batteries. 39 min
plus tard elle ne répond plus du tout et je me trouve comme un imbécile sur le
bord de la route… Je prends donc mon courage à deux mains et me cramponne à
Aude et Philippe, mes béquilles, pour appuyer le moins possible sur ma prothèse
et éviter ainsi une chute radicale. Aucun village aux alentours, j’emprunte un
sentier semé d’embuche qui me complique très sérieusement la tâche. C’est au
bout de 3 km de galère que j’entends Anne Sophie crier: “village en vue”.
Arrivés sur place, pas une âme qui vive, un village fantôme, mais là le saint
graal, Anne Sophie trouve une prise extérieure qui fonctionne. Je suis sauvé,
je branche ma prothèse et en attendant j'observe les alentours, une petite
église, quelques maisons abandonnées, j’ai l’impression d’être dans un autre
monde. Au bout de 15 minutes j’estime que ça ira pour quelques kilomètres car
nous commençons sérieusement à avoir faim. Après une heure de marche nous
apercevons une auberge sortie de nul part avec une décoration extérieur
extravagante qui ferait sortir “Le Nôtre” de son cercueil. La maison reste dans
son jus mais avec beaucoup de charme et la propriétaire est tout autant
charmante. Je lui confie ma prothèse pour la charger; elle me regarde d’un air
étonné et fini par me montrer une prise. Nous nous installons dans le jardin à
côté d’un cygne sculpté dans un pneu agricole, original. Avec Anne Sophie nous
commandons une salade et des pommes
frites, quand elle revient c’est chargé d’un immense saladier pour au moins 5
personnes, nous n’avons pas pu terminer avant que le dessert arrive, tout
autant conséquent, 3 gâteaux par personne, un café et un pousse café… Nous
avons su un peu plus tard par les portugais qu’elle avait commencé à la demande
des pèlerins qui passaient devant chez elle et a fini par transformer sa maison
en auberge avec l’aide de son mari en gardant l’esprit Donativo. Nous sommes
repartis vers Sarria et là ce fut interminable, la chaleur me plombe et le repas
me reste sur le ventre. Nous avons évité les fameux escaliers car je ne me
sentais pas de les monter. Mais la persévérance finit par payer, nous arrivons
devant notre auberge vraiment jolie et reposante, située dans le centre ville.
Mardi 8, 3 mois
jours pour jours que j’ai quitté Sainte Anne d’Auray, c’est un grand jour car
aujourd’hui je vais franchir la borne “100 km”. Je décide donc de partir seul
car j’en ressens le besoin. Je quitte Sarria vers 8h. A peine sorti du village
je croise la police dans leur véhicule, ils ralentissent à ma hauteur mais
continue leur route, 50 mètres plus loin il font demi tour et repasse devant
moi, tout doucement et lève le pouce en l’air avec un sourire. Je suppose que
ma prothèse les a plus interpellé que mon masque mal positionné. Sur cette
étape je remarque un grand changement, je suis entouré de plein de pèlerins,
cela ne m'est pas arrivé depuis mon départ. Beaucoup sont espagnols, j’ai vu un
sondage prédisant que 27% des pèlerins partent de Sarria contre 1% du Puy en
Velay… Ne parlons pas de ceux qui partent de Sainte Anne d’Auray… Je ne suis
pas confronté à de grosses difficultés aujourd’hui, quelques montées mais pas
insurmontables. Je traverse des sentiers de forêt de chênes et de châtaigniers.
J’écoute un peu de musique et là c’est la chanson que Michel m’a écrite qui
arrive dans mes oreilles, je suis pris d’une certaine mélancolie, je me revois
partir de Sainte Anne d’Auray, je me revois marcher jour après jour, et surtout
je me souviens de mon incertitude de pouvoir arriver jusqu’à Santiago. Les dix
premiers jours ont été des plus rudes, une blessure s’était formée au niveau de ma cicatrice du au frotement de
la prothèse et chaque fois que je retirais mon manchon du sang coulait, je l’ai
gardé pour moi, sans en parler à Aude et mes enfants j'ai su gérer cette
blessure avec une certaine angoisse, mais elle a fini par se cicatriser au bout
d’une quinzaine de jours. Plus les jours avançaient, plus j’avais cette volonté
grandissante d’arriver à Compostelle. Le chemin m’a totalement investie et je
sens que rien ne peut m’arrêter. J’arrive à proximité de Peruscallo et je vois
se dessiner devant moi la borne 100 km. Jamais j’aurais cru qu’un simple plot
en pierre pouvait m’émouvoir autant, je suis là, planté face à elle, et
quelques larmes me coulent des yeux. 1761 km, 3 mois de marche et si prêt du
but, c’est whouaaa. Je repars sur le chemin chargé d’émotions. Après quelques
minutes je passe devant un donativo, là se trouve un homme d’un certain âge qui
a beaucoup de mal à se déplacer, il me voit avec ma jambe de bois et mon
drapeau breton et m’invite à m'asseoir à sa table. Il me propose tout un buffet
de nourriture et je me sert copieusement. Nous parlons de choses et d’autres et
notamment d’une futur opération qu’il n’est pas pressé d’avoir. Je reste là une
trentaine de minutes à l’observer accueillir des pèlerins, il est heureux et
jovial. Je dois repartir et m’apprête à mettre un billet dans sa boite mais il
refuse gentiment d’un geste de la main. Encore une personne qui ne fait pas ça
pour l’argent mais pour l’amour du chemin, cet amour qui se lisait sur son
visage. C’est reparti toujours aussi pensif, plongé dans mes pensées, je
repense à Anthony et Anne-Laure, rencontré à Vertou, des fervents marcheurs de
Compostelle, des personnes incroyables, ce jour où je les ai rencontré Anthony
m’a dit ces quelques mots “Hervé tu es un porteur d’Espoir” qui restent gravés.
Aujourd’hui j’ai reçu un message de Nathalie, de Blain, rencontré au mois de
mars par hasard, nous avions parlé quelques minutes, elle me trouvait admirable
de ce que je faisais et que c’était son souhait mais suite à son AVC elle
n’osait pas le faire.Son message d’aujourd’hui, simple, m’a grandement touché:
“Bravo Hervé, vous pouvez être fier de vous. Un exploit qui donne de l'espoir
sûrement à beaucoup de personnes et moi la première. Je me prépare pour le
faire dans le sens Clisson le Mont Saint Michel. Merci à vous pour les récits
de votre périple, c’était un moment magique de vous lire, ça va me manquer.
Bravo, amicalement, Nathalie”. En fait ce message me rend heureux d’être CE
porteur d’espoir. Il me reste encore une bonne heure de marche, je suis à un
carrefour à la recherche de la borne de direction quand un français arrive à ma
hauteur, Rémy, nous faisons connaissance tout en marchant jusqu'à Portomarin où
nous avons pu nous confier nos vie privé tout naturellement sans se soucis des
a priori. Après avoir franchi le grand escalier en pierre très connu des
pèlerins , que j’ai d'ailleurs affronté difficilement mais affronté tout de
même, nous avons pris une bonne bière et nous sommes quittés en nous souhaitant
un bon Camino.
Et voilà pour
aujourd’hui, dans le prochain post ça sera l’arrivée à Compostelle.
Bon Weekend à tous
Hervé, sa prothèse
et ses béquilles.




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