Un petit peu d'escalade
Buongiorno,
Les journées passent à vive allure, j’ai du mal à trouver un moment pour vous partager des nouvelles et pourtant il y a de quoi dire ! en avant pour ma semaine du 22 au 28 avril, asseyez vous bien confortablement dans votre fauteuil, ça va être animé ! une nouvelle semaine se dessine devant moi. Si mes calculs sont bons je devrais normalement atteindre Sarzana dimanche et ainsi quitter la Francigena pour faire mes premiers pas lundi 29 sur la Via Del Costa. Affaire à suivre…
Lundi 22, aujourd’hui je prends la direction d’Altopascio, une longue étape de 39 km que je décide de couper en deux pour me remettre de mes émotions de samedi dernier. Vous savez, la prothèse que je perds… Je quitte San Miniato vers 9h en commençant par me tromper de direction ce qui me vaut un petit détour de 1,5 km, je commence à avoir l’habitude de ce genre de problème d’orientation. Je mets un certain temps à sortir de la ville, un mélange de trottoirs et de ronds-points à n’en plus en finir. Enfin je me retrouve sur un sentier plus sympathique dans la nature de la Toscane. Mais je déchante assez rapidement car le chemin est composé d’herbes très hautes couchées par la pluie. Ce phénomène rend ma marche extrêmement difficile car ma prothèse se déclenche sans arrêt. Je bifurque un peu de ce chemin pour aller sur la route et après une heure je me retrouve face à un petit pont, mais le problème c’est que mon chemin se situe en dessous, la seule solution que je trouve est tout simplement d’escalader la rambarde de sécurité et de descendre sur les fesses. Bon accessoirement le chemin est 8 mètres plus bas et pratiquement à la verticale. J’ai plutôt bien géré cette opération sans rien me casser et me voilà reparti pour de nouvelles aventures. Elles ne tardent pas à revenir, au bout de 30 minutes je me trouve face à un gros platane coupé par un talentueux Italien mais qui a, visiblement, oublié de le débiter. Impossible de le contourner, il me reste plus qu’à l’escalader. Grâce à mes supers coéquipiers, Aude et Philippe, j’arrive tant bien que mal à franchir cet obstacle au bout de 30 min. Me voilà de nouveau dans les herbes hautes et ce qui devait arriver, arriva. Ma prothèse butte sur une épaisse touffe d’herbe, se déverrouille sans crier garde et je tombe à plat ventre de tout mon poids, la tête la première à brouter l’herbe fraîche de la Francigena. Plus de peur que de mal. La matinée laisse place à une après-midi sans difficultés majeures, enfin, jusqu’au 3 derniers kilomètres. Après avoir traversé un pont qui tenait par le Saint Esprit, je longe un halage dont le sentier n’est pas assez large pour mes deux pieds et les béquilles et en plus composé d’herbes hautes. Pour la première fois c’est à moi de porter Aude et Philippe, elles ne peuvent pas me soutenir, j’avance par petits pas. Après une heure de galère j’arrive à Ponte Capianno. Douche, lessive et je pars dans la ville pour dîner, tous les restaurants sont fermés, je me réfugie dans un bar où on me propose un sandwich au salami avec lequel je m’offre le luxe d’un verre de vin rouge. Quelle journée, remplie d’aléas qui m’ont pour finalement beaucoup amusés. Je me sens l’âme d’un aventurier en me couchant.
Mardi 23, c’est un départ aux aurores ce matin. Je suis sur le pont dès 7h30 pour une petite balade de santé d’une quinzaine de kilomètres sans trop de dénivelés. Je prends mon petit déjeuner dans le bar de la veille et je m’offre pour la première fois un cappuccino, un régal et cela deviendra certainement mon petit plaisir du matin sans oublier le croissant. C’est parti et ça commence par une belle pente sur un sentier boisé de pins et de bruyères. Que j’apprécie ce genre de nature, je ralentis ma cadence et récite mon chapelet en toute sérénité. Le temps est maussade mais il ne pleut pas et c’est bien agréable. Désormais la forêt change de caractère, c’est entre feuillus et cystes en fleurs que j’avance. Qu’est-ce que je suis bien dans cette campagne Italienne. Vers 14h je croise un couple de Français très sympathique, qui m’indique quelle application utiliser pour franchir la Via Della Costa qui me mènera vers Menton dès lundi prochain. Puis ils me conseillent de sauter l’étape de demain qui devait m’emmener à Lucca, c’est une étape de seulement 18 km sans dénivéle mais seulement sur de la route nationale, a peine protégée d’une rambarde. Ils me disent que c’est assez dangereux et que je risquerai de me faire faucher par un camion ou une voiture. Je prends bonne note de leurs conseils avisés et je prendrais le train demain. J’arrive à Altopascio vers 14h, je trouve une brasserie pour me restaurer rapidement avant de repartir vers mon logement qui se situe à 3 kilomètres de la ville en pleine campagne. J’ai la belle surprise à mon arrivée de découvrir une superbe bâtisse collée à une église en pleine restauration. Je reçois un chaleureux accueil par trois volontaires en donativo. Une fois de plus je passe une excellente soirée entre italien, Hollandais et Allemand.
Mercredi 24, Comme convenu la veille et grâce aux précieux conseils de cette rencontre je ne ferai pas l’étape pour Lucca. Je quitte mes hôtes après avoir pris quelques photos et c’est avec émotions que je leurs dit adieux. Je me dirige vers Altopascio pour prendre le train prévu à 8h, arrivé à la gare je m’aperçois qu’il est à 9h… Tient tient, c’est presque comme en France ça ! En 20 minutes me voilà à Lucca, whouuuaaa c’est bien moins fatiguant de prendre le train en fait !!! Je quitte cette agglomération sans problèmes pour retrouver la campagne de la Toscane. C’est avec une certaine aisance que mes pas me font évoluer sur une jolie petite route qui borde un ruisseau. Au bout de deux heures l’application me dirige à droite pour prendre un sentier chaotique avec un dénivelé de 250m sur seulement 600m de long. Rodrigues m’avait prévenu la veille que je ferai mieux de prendre la route car ce passage est extrêmement difficile à franchir, mais n’écoutant que moi je souhaite le faire. Je me retrouve donc à franchir toute une enfilade de rocher extrêmement lisses et mouillés par la pluie. C’est avec beaucoup de concentration que je place Aude et Philippe à des points bien précis afin qu’elles ne glissent pas et m’éviter une chute. Je gravi ce dénivelé avec difficulté mais je suis heureux car malgré la chute possible je me sens bien. Ce défi me prouve que malgré mon handicap je suis encore capable de surmonter ce genre de situation avec beaucoup de sérénité et puis je me sens bien dans ce bois ou les seuls bruits qui sonnent à mes oreilles sont les gazouillis des oiseaux. Aude et Philippe me soutiennent avec beaucoup de prudence jusqu’à je me retrouve face à un arbre couché au travers de mon passage. Pas le choix, je dois pratiquer l’escalade. C’est avec le regard médusé qu’un couple de Hollandais observe ma souplesse dans cet amas de branchages. Quand j’arrive enfin à m’en extraire, nous restons quelques instants à discuter avant de reprendre mon ascension sur des nouvelles roches plus grosses les unes que les autres et aussi glissantes. Je m’octroie une petite pause, non par fatigue mais simplement car que je me sens bien, j’observe le paysage qui se présente sous mes yeux, les arbres me protègent du soleil bien présent, j’entends au loin le ruissellement de la rivière, serait-ce un havre de paix… Me voici au bout de 54 minutes, montre en main, à la fin de cette ascension, fier d’avoir réalisé ce challenge. Je lève haut Aude et Philippe et remercie Saint Jacques de nous avoir soutenu tous les trois. J’avance maintenant à petite allure face à un beau dénivelé négatif pour atteindre mon donativo de l’Ostello Pellegrino à Valpromaro vers 15h. Pour fêter ma journée je me dirige directement au seul bar du village pour prendre ma bière de fin d’étape que j’estime bien mérité. J’en profite pour remercier mes bons amis Katherine et Emmanuel qui ont la gentillesse de me parrainer à hauteur de 2.50€ par jour sur une durée d’un mois pour ma bière. Avis aux amateurs : il reste encore de mi-mai à fin août pour faire de même… J’ai la bonne surprise de voir arriver des cousins Sabine et Laurent. Revenant de Rome ils ont fait un détour pour venir me rendre visite. Après une soirée entre pèlerins, je me couche heureux de cette journée. C’est bon d’être fier de soi !
Jeudi 25, ce matin après avoir fait mes adieux à mes hôtes et prit une photo de famille je me dirige vers mon étape suivante, Camaiore, mais finalement je décide d’aller plus loin en continuant sur la route de Massa. C’est une journée de 20 km qui m’attend avec un beau dénivelé pour débuter ma journée. Pour ne rien changer je suis sur un sentier humide voir boueux et semé d’embuche par quelques arbres couchés au sol, mon âme d’aventurier ressort ! Mon ascension d’hier se fait ressentir au niveau de ma tendinite avec quelques courbatures en plus. Les paysages restent les mêmes qu’hier ce qui me réjouis, le soleil est au rdv et il ne fait pas trop chaud. Le sentier laisse place à une multitude de marches à n’en plus finir, je les franchis doucement mais surement. Ce midi je m’offre une pause déjeuner à Camaiore, un plat de pâtes, disons que je commence à faire une surdose des pâtes et que j’ai hâte de retrouver la France pour un bon steak frites, mais il me reste encore plusieurs centaines de kilomètre à faire. Je repars en direction de Pietrassanta, le sentier est plutôt tranquille et j’arrive à la Casa Diocesana La Rocca vers 16h où je suis accueilli par deux sœurs. Une des premières choses que je fais quand j’arrive dans mon logement est de me précipiter sous la douche mais cette fois ci c’est eau froide car elles ont oublié de brancher le chauffe-eau. Je vais visiter cette charmante bourgade très plaisante par ses couleurs très variées.
Vendredi 26, la fin de la Francigena approche à grand pas car je vais la quitter lundi. Aujourd’hui je me dirige vers Massa pour une petite journée de 17 km avec un bon dénivelé de 250 mètres. Les paysages sont les mêmes que la veille sur des petites routes, mais en arrivant sur les hauteurs, juste avant Montignoso, c’est la méditerranée qui pointe le bout de son nez. Un nouveau paysage qui va devenir désormais mon quotidien en empruntant la Via Della Costa. Face à cet étendu magnifique une photo s’impose et je reprends mon chemin pour atteindre Massa, j’y arrive vers 14h30. J’attends 15h pour me loger. J’ai rendez-vous en fin d’après-midi avec Bruno un pèlerin italien que j’ai rencontré à Rome et qui avait pris mon numéro de téléphone en me faisant part qu’il m’inviterait une fois que je serais dans sa ville natale. C’est donc à 18h que je le vois arriver avec Antonio, son compère de marche. Nous nous dirigeons vers l’abbaye des capucins au Convento dei Frati où je suis invité à manger parmi les moines. C’est un moment très sympathique, le diner est simple et bon, les questions fusent de toutes parts, mais la barrière de la langue limite sérieusement la discussion. J’ai pu goûter le vin qui est fait sur les lieux, le premier verre est difficile à apprécier mais au troisième il était plutôt bon… Bruno me propose de m’accompagner demain pour mon étape avec ses 2 amis, ce que j’accepte avec plaisir.
Samedi 27, aujourd’hui et pour 2 jours je ne marche plus seul, j’accueille John, un journaliste anglais de la BBC, qui souhaite faire une interview radio sur mon expérience du chemin. Il est arrivé hier soir à 22h30 après avoir loupé son premier vol. A 8H nous sommes fin prêt et attendons nos trois italiens pour commencer notre petite étape du jour, une douzaine de km vers Avenza. Nous voici tous les 5 à crapahuter sur les sentiers, nous apercevons au loin, sur les hauteurs, des collines toute blanche, à croire qu’il a neigé la nuit dernière. John et moi-même avons l’explication, ce sont simplement des concessions d’extractions de marbre qui vient de Massa. C’est une petite balade bien sympathique qui se termine vers midi. Après avoir pris quelques photos nous quittons les 3 italiens ravis de cette excursion. John profite de son temps libre pour se promener, pour ma part je reste tranquillement sur place car j’ai une douleur au niveau de ma jambe droite qui me titille depuis quelques jours. Aude, ma femme pas ma béquille droite, et mes enfants sont au mariage d’une nièce, j’ai la chance de profiter de ce moment familial pour faire une visio avec eux et voir la famille et des amis, un bon moment à distance qui met du baume au cœur !
Dimanche 28, grâce matinée ce matin, réveil à 7h30, le temps de ranger nos affaires, petite toilette du matin et le petit déjeuner au bar, hop c’est reparti en binôme pour rejoindre Sarzana qui est à une vingtaine de kilomètres. John branche son micro et commence à me poser des questions, en français heureusement, concernant mon premier pèlerinage. C’est un sacré challenge pour moi, parler de mon premier chemin je sais faire mais devoir vérifier le trajet en même temps c’est plus compliqué. Evidemment cela nous vaut de nous tromper à plusieurs reprises. Nous arrivons peu après 11h, comme prévu à Colombiera, pour la messe. A la sortie une femme vient vers nous pour nous proposer de déjeuner avec sa famille qui doit fêter l’anniversaire de son mari. Sans hésitez nous acceptons sa proposition alléchante. C’est avec toute la famille réunis que nous déjeunons ensemble, les échanges sont très animés et de plus son fils parle français ce qui facilite la conversation. Un déjeuner composé d’une salade de riz rouge mélangé avec des calamars et crevettes. Pas de pâtes !!!! Un magnifique bar accompagné de légumes et pour terminer le gâteau d’anniversaire fort appétissant, le tout accompagné de vin blanc et rouge de leurs propres vignes et excellent. Quel agréable moment pour un dimanche, l’accueil de cette famille à la sortie de la messe donne de l’énergie. C’est donc trois heures après que nous les quittons heureux et reconnaissants. Nous atteignons Sarzana vers 18h, John doit me quitter mais finalement il souhaite rester une journée de plus ce qui me réjouis car sa compagnie est très agréable.
Et voilà une semaine de plus d’écouler, le temps passe tellement vite, je suis bien et paisible sur ce chemin, cette semaine c’est 129km d’effectuer avec pas mal d’embuches que j’ai surmonté avec courage ! On n’oublie pas lames de joie qui donnent une nouvelle liberté à des enfants amputés. https://www.helloasso.com/associations/lames-de-joie/formulaires/2
Merci pour vos encouragements
Hervé, sa prothèse et ses béquilles 🥾🦿



















Merci Hervé. Tu es tout simplement admirable pour la volonté que tu as, de faire tout cela. Bon,la France doit apprcher . Bonne continuation et courage, rencontres etc... à la semaine prochaine..Philippe Gicquel.
RépondreSupprimerMerci Hervé de nous partager ton « chemin « ! Toujours aussi passionnant, drôle ,émouvant et édifiant ! Véro
RépondreSupprimerMagnifique chemin Aventuhervé !
RépondreSupprimerEn pensée avec toi
J'attends avec impatience ton prochain épisode...ton chemin est cousu de surprises, péripéties, belles rencontres et surtout je ressens ton bonheur et ta fierté...merci pour ton partage et tes photos
RépondreSupprimerQuand à moi c'est retour au bercail après avoir marché 2 semaines d'Aire sur l'Adour à Logrono avec mon fils, ma belle fille et ma petite fille de 14 ans qui a marché 300 km en portant son sac de 6 kg...je suis aussi fière d'elle
J'ai 4 jours de répit avant de retrouver mon chemin vers Jérusalem...ce sera de Thessalonique à Izmir pour cette fois-ci...je publierai sur Facebook et aussi Polarstep.. à bientôt et bon chemin à toi et tes 2 "complices"