Des paysages grandioses
Buongiorno,
Quand mes enfants étaient au collège ils participaient tous les ans à une marche de la solidarité, je me souviens particulièrement de mes deux derniers, Arthur et Maxence. A peine ils rentraient à la maison avec leur feuille de parrainage, qu’ils partaient faire le tour de tout le voisinage et des commerçants du centre-ville. Leur objectif était d’avoir le plus de parrains possibles et de marcher le plus possible pour une association. Les gens promettaient entre 0,10€ et 1€ au kilomètre. Les garçons étaient motivés et faisait partis des plus gros marcheurs du collège, 30km. A la fin de la marche ils allaient revoir leurs parrains pour récolter la somme dû et souvent ils récoltaient entre 600 et 900€ pour une association.
Moi, je marche pour Lames de Joie, je pense que personne ne sera assez fou pour me parrainer à 1€ le kilomètre je suis d’accord, quoi que, je suis sûr que quelque chose peut être imaginé… mais vous pouvez tout de même soutenir une association grâce à mes pas. Lames de joie prêtent des lames de course à des enfants amputés, elles coutent entre 2500€ et 10000€, doivent être changé tous les 18 mois et ne sont pas prit en charge par la sécurité sociale. Depuis le début de mon chemin, c’est déjà 645€ de récolté grâce à vous, MERCI ! N’hésitez pas à en parler autour de vous : https://www.helloasso.com/associations/lames-de-joie/formulaires/2
Allez maintenant place à 4 jours de marche, toujours avec des soucis de prothèse qui glisse, quelques problèmes d’orientation mais je suis maintenant face à des paysages magnifiques.
Mercredi 10, après mes malencontreuses mésaventures de la veille où j’ai perdu 9 fois ma prothèse en seulement 1h30, je peux vous dire que j’en maudissais presque mes prothésistes. Il est donc évident que mon moignon a perdu du volume. Heureusement, l’ayant déjà vécu en 2021, j’avais anticipé cette possibilité avant mon départ. Avant mon départ vers Bolsena je rajoute à mon manchon une surcouche prévue à cet effet, ce qui évite les prises d’air dans l’emboiture. Je me sens d’un coup un nouveau pèlerin et c’est sereinement que je quitte mon logement. Avant de prendre le chemin initial, je décide de monter sur les hauteurs de Montefiascone afin d’admirer le panorama extraordinaire sur le lac. Le temps est couvert mais le lieu est magnifique. Je resterai bien encore à le contempler mais la nouvelle étape m’appelle. « Aude et Philippe, donner moi la force de marcher », je lève haut mes béquilles, ma voix est forte, je suis prêt. C’est 18 km et une descente de 600m à 300m d’altitude qui m’attendent. Je me sens bien, ma prothèse suit mon rythme que j’ai enfin trouvé. Je quitte les hauteurs de cette belle ville et me surprend à réciter on chapelet à haute voix, ça y est je suis enfin ancré dans mon nouveau pèlerinage sur la Francigena. Je pense que la joie doit se lire sur mon visage, heureux, j’accélère mon pas, quelques gouttes de pluie commencent à mouiller mon chapeau. Au bout de 30 minutes je suis obligé de me mettre à l’abri pour enfiler ma veste de pluie ainsi que la protection du sac à dos. Je suis plutôt content de cette pluie, elle a pour effet de faire baisser la température. Au bout d’une heure le soleil revient vivement. Je fini par atteindre la zone naturelle de Turona où j’ai le loisir d’observer quelques belles cascades d’eau limpide. Au croisement de la forêt j’aperçois une minuscule chapelle, la porte est ouverte, je vois deux prie dieu qui me tendent les genoux. J’arrive en milieu d’après-midi à Bolsena avec la vue du lac qui conclut cette belle journée. Je me dirige dans un bar pour boire ma traditionnelle bière de la journée avant de rejoindre mon gîte chez des religieuses du Saint sacrement où je retrouve mon ami Rodrigues. Douche, lessive et je pars visiter cette ville, notamment la Basilique Santa Cristina et ses impressionnantes catacombes.
Jeudi 11, c’est une étape de 23 km qui me conduit à Aquapendente avec un relief raisonnable. Je quitte les lieux à 7h30 avec un petit pincement au cœur, la journée s’annonce une fois de plus chaude. Mes yeux ne peuvent se détacher de ce splendide lac qui me fait de l’œil à chacun de mes pas, mais ce tête à tête se termine, un virage et je ne me vois plus. A la sortie de la ville j’entre dans de vaste étendue d’oliverais, les propriétaires s’affairent à la taille printanière. Une fois de plus je me sens bien dans se havre de paix, j’entre désormais dans ma bulle de contemplation, je suis tellement paisible. Vers midi je m’octrois pour une fois une micro-pause déjeuner à San Lorenzo Nuovo où je retrouve Rodriges. L’après midi est beaucoup moins réjouissante, je marche uniquement dans des zones agricoles, peut intéressant visuellement et surtout très monotone. Je retrouve Rodrigues à Aquapendente, nous avons beaucoup de mal à nous loger mais avec persévérance nous atterrissons a l’Ostello des Pelegrino. Nous ne dînons jamais ensemble car il est végan et se contente de carotte, salades et pomme en extra, impensable pour moi ! 21h15 au lit car demain une dure journée m’attend.
Vendredi
12, je pense que je vais me souvenir longtemps de cette journée. Je suis
réveillé par la douce sonnerie de mon ami pèlerin à 6h00. 6h10, il va prendre
sa douche. 6h20, il se remet dans son lit, branche ses écouteurs aux oreilles
et se met en méditation jusqu’à 6h50.
C’est surprenant la première fois mais je commence à prendre l’habitude
et moi pendant ce temps je fais rapidement ma toilette, m’habille, boucle mon
sac à dos, je vérifie si je n’ai rien oublié et tout ça dans un silence monastique.
Bien sûr à 6h51, une fois qu’il est redescendu sur terre, je lui dis à tout a
l’heure sur le chemin, car il faut tout de même qu’il range ces 20 kg d’affaire
dans ses deux sacs à dos, ah non 3, il en a un tout petit pour se promener le
soir😀.
J’ai pris l’habitude de prendre mon café dans un bar, un Americano avec un croissant, mais aujourd’hui je n’en croise aucun sur mon passage. Commencer la journée sans café, je suis un peu fâché ! Aujourd’hui je change de région, bonjour la Toscane. Les premiers kilomètres ne sont guère réjouissant je marche le long de la nationale. Après 8 km de bitume l’application me dirige sur un chemin ce qui me redonne du courage. Mais au bout de 1.5 km je m’aperçois que je suis à l’opposé du trajet initial. Je suis un petit peu dépité de ces 3 km inutile qui en plus me font revenir sur le bitume. Je vois Rodrigues qui est en train de commettre la même erreur, nous comparons nos deux applications qui nous dirigent sur cette impasse, nous décidons d’un commun accord de longer la nationale jusqu’à Ponte a Rijo, je pensais y trouver un bar pour me restaurer, mais au lieu de cela je me contente d’une fontaine à eau pour pèlerin et d’une table à l’ombre. Rodrigues m’offre une clémentine en guise de déjeuner et nous partons affronter les 550 mètres de dénivelé sur les dix kilomètres qui nous reste à faire. Les 3 premiers kilomètres sont plutôt tranquilles, mais ça ne va pas durer. Le chemin devient rocailleux et le dénivelé commence à se faire ressentir de plus en plus. Pour couronner le tout il fait 26 degrés et aucun coin d’ombre pour marcher. Mon eau commence sérieusement à diminuer. Je suis obligé de jongler entre les cailloux pour éviter que ma prothèse ne butte. Les trois derniers kilomètres sont un enfer, je n’arrive plus à mettre un pied devant l’autre tellement que je suis épuisé. J’entame mon dernier kilomètre lorsqu’une voiture suisse me dépasse à vie allure, puis 100 mètres plus loin elle opère un demi-tour pour revenir à ma hauteur. La femme descend de la voiture et me propose de me déposer à Radicofani. Je n’ai plus une goutte d’eau, j’ai les mains en feu tellement je force sur Aude et Philippe. Bref, je mets mon honneur de pèlerin de côté et je m’engouffre à l’arrière de la voiture. Soulagé de cette bonne aubaine, j’aurai presque embrassé mes sauveurs pour les remercier. Je sors de la voiture et les remercie pour leur gentillesse. Je fais une centaine de mètre avant d’apercevoir Rodrigues qui vient vite à ma rencontre avec de l’eau, il était inquiet de ne pas me voir arriver. Il a eu le temps de trouver où nous loger. Une journée longue et épuisante qui m’a fait dépasser mes limites.
Samedi 13, aujourd’hui le trajet initial prévois 33km pour atteindre San Quirico d’Orcia avec de nombreux dénivelé. Je décide donc de couper ce trajet en deux pour m’arrêter à Gallina. Après le même rituel matinal de mon ami Rodrigues je quitte Radicofani d’un aspect très austère mais avec beaucoup de charme. La journée commence très bien avec le panorama de toute la vallée où je distingue une chapelle perdue entre deux collines. Contrairement à l’Espagne les églises sont pratiquement toutes ouvertes et dès le matin de bonne heure. Je ne suis pas pressé je n’ai que 16 km à parcourir, je décide de prendre mon temps, je fais des pauses plus régulières, j’ai besoin de me remettre physiquement de ma journée d’hier. Je m’octroie une pause-café dans une auberge très stylé avec piscine où je me prélasse pendant 20 minutes avant de repartir pour rejoindre Gallina où Rodrigues m’attend pour déjeuner et me dire adieu car il continue son chemin. Ces quelques jours que nous avons passés ensemble resteront un moment de pur bonheur, malgré les différences gustatives et de spiritualité qui nous séparent. C’est avec beaucoup de tristesse que je le vois partir. Le chemin est fait ainsi de rencontres éphémères qui nous marquent. Je profite de mon après-midi pour faire mon linge et me reposer. En fin d’après-midi je vais me poser en terrasse prendre un coca bien frais et un Italien m’interpelle me demandant si je vais à Rome. Je lui explique que je vais à Santiago de Compostela, un couple assis à côté s’interpose en entendant la conversation et m’explique dans un bon français que monsieur part lundi de Saint Jean Pied de Port pour Santiago. Sans comprendre ce qui se passe, d’autres personnes s’agglutinent autour de moi pour parler du chemin pendant une bonne demi-heure, nous finissons la discussion par une photo de groupe.
Dimanche 14, direction San Quirico d’Orcia. Départ à 7h pour un dimanche c’est un peu matinal mais j’aimerais avoir une messe sur le chemin et ce n’est pas gagné. Je commence par mon traditionnel petit déjeuner au bar du village, un Americano, un croissant et c’est parti pour une nouvelle journée de marche. Je commence par un dénivelé important, une fois sur les hauteurs je suis subjugué par la vue panoramique. Je décide de retirer mon sac à dos et de m’asseoir pour contempler ce moment magique. Face à moi se dessine des collines d’un vert éblouissant à perte de vue Je me sens bien, heureux que cette journée commence si bien. Je reprends ma marche en levant Aude et Philippe. Avant le début de mon périple j’avais identifié mais deux béquilles en retirant un autocollant sur l’une d’elle pour qu’elle soit Aude. Mais au fur et à mesure du temps je me rends compte que sans y prêter la moindre attention c’est tout naturellement Aude que je mets dans ma main gauche, du côté du cœur. J’ai essayé, pour m’amuser, de les inverser mais pas moyen de marcher correctement. Je suis maintenant en haut d’un dénivelé négatif passant de 800m à 300m, j’appuie bien sur mon genou électronique pour actionner le frein et ainsi éviter de me retrouver au fond d’un précipice. Les kilomètres s’accumulent gentiment au gré de mes pas, je suis toujours aussi subjugué par le paysage. Vers 13h j’arrive aux thermes de Bagno Vignoni, cette place d’eau est magnifique, je n’ai qu’une envie, plonger dans cette piscine romaine pour me rafraichir. La chaleur est vraiment lourde. Mais au lieu de ça je m’installe une bonne heure à une terrasse face à cette majestueuse architecture. Il me reste 6 km avant la fin de l’étape. Après la descente c’est maintenant un dénivelé positif de 350m que je dois affronter. Mais je ne suis pas inquiet et c’est d’un bon pas que j’avance, quelques pauses obligatoires pour évacuer la nicotine de mes poumons mais surtout pour admirer encore et toujours le paysage. Une fois arrivé à mon logement je me surprends à être déçu d’être déjà arrivé. Je crois que cette journée est une de mes plus belles. La Toscane est magnifique et je sais que ce n’est que le début.
4 jours intenses, mais j’y suis arrivé, je rajoute 104 km à ma prothèse.
Merci à tous pour votre soutien
Hervé, sa prothèse et ses béquilles 🥾🦿











Salut Hervé, très heureux de t'avoir croisé sur la Francigena. On s'est du coup rendu sur "Lames de joie" et fait un don aussi sec. Bravo encore pour ton parcours qui est en effet "porteur d'espoir". Philippe & Flavie
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