première semaine
Buongiorno,
Une
paire de tampon de béquille usée, 145 kilomètres parcourus, de (trop)
nombreuses pauses pour remettre ma prothèse, quelques rencontres éphémères dû au
fait que je sois à contre sens des autres pèlerins, des paysages grandioses et
quelques soucis d’orientation, voilà comment décrire cette toute première
semaine de mon nouveau chemin. Bien sûr je n’oublie pas l’entrevue avec le
pape, mais je vous en ai déjà parler. Je vous laisse découvrir cette semaine de
réadaptation.
Mercredi 03 avril, le
grand départ, après la rencontre extraordinaire avec le pape il a fallu quitter
le Vatican. Mais la première chose à faire est de lever mes béquilles bien
hautes et de dire « Aude et Philippe, donnez-moi cette force de marcher »,
rituel de mon premier pèlerinage. Pas mécontent de quitter Rome sous une
affluence de visiteurs qui s’agglutinent les uns sur les autres, je m’engage à
la sortie de ville et là le ton est donné, je me retrouve face à un dénivelé
important. La providence est là et me permet de rencontrer Francisco, guide au
Vatican, qui me suggère de le suivre pour éviter tous les virages pentus qui se
présentent à perte de vue devant moi. C’est donc après une multitude de marches
que j’arrive tant bien que mal à Monte Mario essoufflé… comme tout bon fumeur
qui se respecte… Bon il va falloir que j’envisage
rapidement de stopper ce poison néfaste pour le pèlerin que je suis. Francisco
a la gentillesse de m’offrir une glace à l’italienne, ce qui me permet de me
poser et de discuter quelques minutes avant de repartir vers Isola Farnese pour
la nuit. Pendant cette première étape j’ai pris conscience de la chance inouïe que
j’ai eu d’avoir tenue la main du pape, de lui avoir parler un court moment. Je
reste sur mon petit nuage de grâce.
Jeudi 4, cette journée a
été compliquée, je marche en bord de route, dans les pots d’échappement de Rome,
pas de paysage mais du goudron a perte de route. De plus, étant donné que je ne
suis pas dans le sens des pèlerins qui vont à Rome il y a aucune indication, je
me suis donc trompé de chemin. C’est en rajoutant 5 km à mon étape que j’arrive
enfin à Campagnano Di Roma le soir.
Vendredi 5, ressemble à
la journée de la veille avec les mêmes problèmes d'orientation Je fini par
arriver le soir à Sutri épuisé, sans avoir déjeuner après 10h de marche et 29
km. La propriétaire des lieux du airbnb me propose que son mari me descende le
lendemain matin en voiture vue que je suis tout de même à 3 km du chemin
initial. Je me couche donc rassurer de ces kilomètres en moins pour demain.
Samedi 6, il est 7h30 quand
je commence ma journée sereinement après avoir été déposé par le charmant mari,
qui parle aussi bien le français que moi Italien, sur le chemin. Je marche, je
marche et c’est au bout de 3 km que je me rends compte que le gentil monsieur m’a
en fait déposé sur le chemin… vers Rome !!!! Je commence sérieusement à
être dépité, en 2021 c’était plus simple, Compostelle était souvent indiqué. Demi-tour, je retourne à Sutri après 6km de
marche pour rien. Je me dis que cette
méthode de cheminement doit changer radicalement sinon à cette cadence je vais
arriver à Saint-Jacques de Compostelle à Noël. Avant de repartir je dois
trouver une solution, je m'installe confortablement à une terrasse, je commande
un coca bien frais et fini par téléphoner à Anthony et Anne Laure (des pèlerins
aguerris rencontrés à Nantes en 2021) pour qu'ils puissent me sortir de cette
très mauvaise posture... Anthony me dit tout de suite d'installer l'application
« Via Francigena », que j'avais déjà sur mon portable, mais j’étais
persuadé qu’elle ne me serait pas utile vu que je suis à contre sens. C’est
Anne Laure qui prend les choses en main pour me donner un court à distance de l’application.
Je suis sauvé, à eux deux ils m’ont sorti d’une sacrée galère. Vive la
technologie. Je décide de faire que la moitié de mon étape et de m'arrêter à
Capranica. J’ai marché dans une belle forêt longeant un ruisseau. Un vrai Havre
de paix. Je suis reçu chez Travis et Julianne en donativo dans un charmant
appartement situé dans la vieille ville. Je profite de mon temps libre pour
visiter cette ville et d’aller à la messe à 17h30. Je dîne en compagnie de mes
hôtes qui ont préparé un repas consistant et très bon. À la fin du dîner un
pèlerin brésilien exténué par sa journée, vient agrandir notre tablé. Le seul
souci c'est qu'il est végan et que le dîner est à la base de bonne viande.
Travis, en bon hôte sort du frigo une carotte, des olives et une salade de
pommes de terre sans lardons que Julianne avait préparée.
Dimanche 7, avant de
repartir je remarque que le Brésilien, Rodrigues, a exactement les mêmes
chaussures que moi, cependant ce qui est du sac à dos c'est une autre histoire.
Le mien pèse une dizaine de kilos avec l’eau, alors que le sien dépasse de
quelques grammes les 20 kilos et de plus, il est muni d'un second sac pour
mettre son eau et papiers personnels. Je me permets de lui demander s’il fait son
pèlerinage en autonomie, il me répond que pas du tout mais qu’il pense avoir surestimé
le contenu de ses sacs tout en ajoutant qu’il a vraiment du mal à gravir les
dénivelés. Je fini de me préparer et je file en lui souhaitant une bonne
journée. Nous devrions nous revoir vu qu’il rejoint le Portugal. « Aude et
Philippe… », c'est d'un bon pas que je me dirige vers mon étape suivante,
sans avoir à trop me soucis de l’itinéraire grâce à l’application. Cette journée
a été remarquable, j'ai traversé des étendues de champs de noisetiers et d’oliviers
tout en passant devant les cerisiers bien en fleurs ainsi que de magnifiques
forêts. Tout cela me redonne du baume au cœur. Après cette belle journée je
décide de me coucher de bonne heure car demain je désire quitter Vetralla dès 7H.
Lundi 8, je quitte le
logement en prenant soin de laisser mon donativo et les clés dans le logement,
là où c’était indiqué. Je sors, je claque bien la porte et je prends la route. C’est
au bout de quelques pas que je me rends compte avoir laisser mes béquilles à l’intérieur…
Impossible d’ouvrir la porte sans clés, pas de sonnette, plus qu’à attendre qu’un
pèlerin sorte à son tour pour me permettre de récupérer mon précieux. Ce n’est
qu’à 8 heures que je fini par récupérer Aude et Philippe. J’ai un mauvais
pressentiment sur la journée qui m’attend, comment va-t-elle se passer ? En
effet elle fut longue, avec des sentiers relativement ardus et une chaleur
étouffante… pour un breton. Les paysages étaient bien différents de la veille
et pour couronner le tout je commence à perdre ma prothèse dû à la
transpiration et mon sac à dos me fait mal à l’épaule gauche. Vers midi je
retrouve mon ami Rodrigues qui essaye de reprendre son souffle tout en plaçant
son linge sur son sac à dos avec des épingles à nourrices, à vue d’œil il
devait au moins en avoir une cinquantaine. Il me dit : « Hervé je
suis fatigué, mon sac est trop lourd ». Je lui rappelle ironiquement qu’il
possède tout de même 2 sacs et lui dit : « nous
sommes deux à être fatigués, nous marchons lentement dû à notre handicap, toi
avec tes sacs trop lourds et moi avec ma prothèse. Je pense qu’on va nous surnommer les deux
tortues de la via Francigena ». Nous
éclatons de rire et je poursuis mon chemin tant bien que mal pour arriver à 19h30
à Viterbo après 10 heures de marche. Je décide de refaire complètement mon sac à
dos afin de mieux l’équilibrer et de régler les sangles.
Mardi 9, après une bonne nuit réparatrice je pars cette
fois ci à 7h00 sans oublier Aude et Philippe pour une petite étape de 16 km qui
va me conduire à Montefiascone où j’ai la chance de croiser mes deux premiers
français, Daniel et Joëlle des vendéens. Nous sommes restés une bonne vingtaine
de minutes à discuter avant de repartir chacun de notre côté. Heureux de cette
belle rencontre je poursuis mon chemin sereinement sans aucunes douleurs aux épaules.
Je distingue au loin Montefiascone qui me paraît très plaisant, mais pour cela
il va falloir le mériter car c’est une ascension de 600m de dénivelé sur
environ 2 km qui m’attend. Mais l’arriver vaut le coup de souffrir un petit
peu, je suis face à un paysage incroyable, je découvre un immense lac, c’est à
perte de vue. Après cette belle contemplation je me dirige chez des sœurs
Bénédictines pour passer la nuit.
Et voilà, 7 jours de marche, je suis
heureux de cette reprise. Vous pouvez suivre mon avancer via le lien maps un peu
plus bas. Chacun de mes pas sont destinés à « Lames de Joie »,
il y a quelques jours Thiméo a reçu une nouvelle lame de course, grâce a vous d’autres
enfants auront aussi cette chance. https://www.helloasso.com/associations/lames-de-joie/formulaires/2 . Pour finir ceux qui
n’ont pas encore lu mon livre n’hésitez pas à l’acheter, si vous me croiser sur
votre route je vous le dédicacerai volontiers. https://editions-salvator.com/recits-de-voyages/11972-une-prothese-vers-compostelle.html .
Merci
à tous pour votre soutien
Hervé,
sa prothèse et ses béquilles.





Bravo Hervé pour cette reprise de la première semaine. On t’encourage et on est avec toi. Belle et bonne route 🙏🏽 📿 😙
RépondreSupprimerMerci Hervé. Bravo pour surmonter toutes ces péripéties que tu rencontres. Le pape François et nous, ne faisons que t'aider par les pensées. Mais sommes avec toi.Bon vent dans la bonne direction. Philippe G.
RépondreSupprimerMerci Hervé. Bravo pour ton courage à surmonter toutes ces péripéties que tu rencontres. Sommes avec toi par les pensées. Bon courage et bon vent dans la bonne direction. Philippe G.
RépondreSupprimerCher Hervé
RépondreSupprimerLa persévérance est un bien qui me fait trop souvent défaut… si tu peux me soutenir dans ta marche ne serait-ce que quelques pas pour que m’obtenir plus de forces je t’en serai bien reconnaissant. Avec toute mon amitié et mon admiration
Hum, une première semaine qui semble t'avoir demandé un peu de courage tout de même ! Normal, sans doute pour une première semaine de "reprise"... Tu vas voir : avec le GPS, ça va aller tout droit ! Enfin, presque, hé, hé... Belle route, belles rencontres ! À la semane prochaine ! JM
RépondreSupprimerMerci Hervé pour ce carnet de voyage ! On te suit, on te porte dans nos prières…
RépondreSupprimerSi tu n’est pas loin de Bagnoregio, vas y , il y a un couvent de religieuses dont la sœur d’une amie. Et un très joli trésor de petit village en hauteur.
Force et courage à toi!
Pascaline
Bravo et bon courage mon cher Hervé pour ce nouveau périple. Nous te porterons dans nos prières.
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