La frontière à portée de prothèse
Bonjour à tous,
Me revoilà ! 42
jours de marche, 879 km accompli, ce mardi 14 mai, j’ai quitté l’Italie, j’ai
passé la frontière ! Je ne compte plus le nombre de paires de tampons de
béquilles utilisées, 1 chapeau en moins et 11kg de perdu… Je n’ai pas vu les
journées passées, malgré le fait de marcher seul sur la via Della Costa sans
pèlerins à qui parler et de me retrouver souvent seul le soir. Mais revenons au
6 mai pour le moment.
Je passe ma journée de
lundi à Gênes, dans une auberge de jeunesse, malgré ma présence la moyenne
d’âge ne doit pas dépasser les 25 ans !! Au programme : planifier ma
semaine le mieux possible et ainsi éviter les dénivelés trop importants. Je sens
que j’ai besoin de me préserver si je veux arriver jusqu’à Saint Jacques, En
effet, je passe beaucoup trop de temps à gravir certains sentiers exigus et
dangereux. J’ai donc décidé de me servir de l’application de la via Della Costa
et de Google Maps afin de trouver un compromis entre sentiers et petites routes
et de favoriser ma marche en bord de mer moins ardues.
Je reprends ma route
dès le lendemain matin en direction de Arenzano, je mets 2 bonnes heures à
sortir de cette grosse agglomération, entre le bruit infernal des voitures et
parfois des mauvaises odeurs. Je n’ai qu’une hâte, quitter le plus rapidement
possible Gênes pour me retrouver dans la campagne. Je comprends mieux pourquoi
certains pèlerins évitent cette étape qui n’est vraiment pas des plus
passionnante, mais cela fait partie du pèlerinage et je dois m’en contenter.
L’après-midi n’est pas beaucoup mieux car ayant choisi le bord de mer je me
retrouve à marcher le long d’une zone portuaire pour enfin arriver à mon étape
vers 17h. Je me dirige directement chez les sœurs de Villa Galliera où je suis
très bien accueilli malgré le fait que je n’avais pas réussi à les joindre au
téléphone pour réserver. Ce soir je dors
dans une chambre confortable, j’ai un dîner copieux en donativo avec le
petit-déjeuner compris. Le grand luxe, mais une fois de plus je suis seul pour
manger.
Les journées de mercredi, jeudi et vendredi se
ressemblent. Je marche entre bord de mer et sentiers, avec toujours de
nombreuses marches à ne plus en finir et des dénivelés de 500 mètres, voire
plus. Je franchi toutes ces difficultés avec calme, sérénité et beaucoup de
prudence afin de ne pas chuter. Je
constate comme toujours que tous mes efforts sont payants, car forcément je
suis récompensé, déjà par le silence et cette vue dont je ne me lasse pas.
Jeudi après-midi, alors que je passe à Celle Ligure, je me décide à faire une pause
dans un bar où je prends un sandwich et un coca bien frais. Au moment de régler
la note, la patronne me demande si je suis pèlerin et devant mon affirmation me
dit gentiment qu’elle m’offre le déjeuner. Très ému par sa générosité je reste
quelques instants en sa compagnie avant de reprendre mon chemin vers Finale
Ligure où j’arrive à 17h. Je déambule
dans les rues afin de trouver mon logement, un Italien m’interpelle en voyant
ma coquille sur mon sac, se présente comme ancien pèlerin et me demande où je
loge ce soir. Je lui dis être attendu à l’Abbazia Padri Benedettini et
spontanément il me propose de me conduire vu que ce n’est pas facile à trouver.
J’accepte donc volontiers sa proposition et au bout de 10 minutes je me
retrouve à bon port. C’est ce genre de
rencontre qui me permet de trouver suffisamment d’énergie et qui me donne
naturellement plus de sérénité et de persévérance pour continuer mon chemin de
pèlerin en toute quiétude. Une belle rencontre du chemin.
Mon logement de vendredi
a été une tout autre affaire. Après une bonne journée de marche de 25 km pour rejoindre
Albenga, avec d’important dénivelé, je suis bien content d’arriver. La veille j’ai
réservé à l’Ospitale via della Costa mais, étourdi comme je peux l’être par
moment, certainement dû à la fatigue, en indiquant l’adresse j’ai omis de noter
« Ospitale ». Je suis donc bien arrivé à Via Della Costa, mais j’ai
beau chercher pendant au moins 30 minutes, je fini par me rendre compte de mon
erreur, je ne suis pas au bon endroit ! Je téléphone à mon hôte qui me
confirme que je suis à l’opposé et que j’ai encore au moins 8 km pour y
arriver. Vu l’heure tardive, 19h30 bien
passé et complètement désabusé par cette situation je décide de dormir à
l’endroit précis où je me trouve, au pied de l’église. Il y a un bout d’herbe
qui me tend les bras pour passer une bonne nuit. Mon dîner est très vite
expédié, une pomme et une orange avec une barre de céréales comme dessert. Je
prépare mon sac de couchage pour vite m’engouffrer à l’intérieur et essayer de
m’endormir. Si j’ai un conseil à vous
donner, éviter les abords des Eglises, car quand sonne chaque heure le réveil
est brutal. Sans compter en plus le bruit infernal des passages de voitures, il
est très difficile de pourvoir fermer les yeux pour dormir. C’est donc après les 12 coups de minuit que
je peux enfin m’endormir jusqu’à ce que sonnent les 5 coups pour annoncer 5h du
matin. Je décide qu’il était temps de déguerpir pour reprendre mon chemin et
surtout me trouver un bar pour prendre un bon petit-déjeuner car je commence
sérieusement à avoir une faim de loup…
Après cette nuit un peu spéciale, mais que je
ne regrette aucunement et peut être que je renouvellerai cette expérience de
temps à autre, me voici donc déjà en week-end. Je vais lever le pied et diviser
cette étape en deux. Je choisi le bord de la mer afin d’éviter trop de
difficultés pour me rendre à Castello où je suis certain d’avoir un logement et
surtout d’avoir bien noté la bonne adresse…
La journée se déroule sans grosse difficulté et vu l’heure matinale à
laquelle je suis parti ce matin, j’arrive à 15h après 18 km et 400 mètres de
dénivelés à la paroisse dei San Giovanni Battista. Le Padre m’attend de pied
ferme. A peine le sac à dos enlevé, je
me précipite sous la douche où je reste un bon moment pour pouvoir me décrasser
des 48 heures sans douche. J’en profite pour faire ma lessive, faire quelques
courses pour mon dîner de ce soir et surtout pour me reposer un peu avant de
prendre la messe de 18h30. A 20h30 je suis dans mon lit et me réveille le
dimanche matin à 6h frais comme un gardon pour reprendre ma nouvelle
destination du dimanche. Après une bonne heure de marche je prends mon petit
déjeuner, je m’octroie 3 bons quart d’heure de pause. A peine repris ma route je me fais interpeller
par un restaurateur qui me propose un café que j’accepte volontiers, je
m’installe confortablement à une table et je le vois arriver avec un cappuccino
et 4 énormes parts de gâteaux. Ne voulant pas le vexer en lui disant que
j’avais déjà mangé, je me force à déglutir comme je peux ces appétissants
gâteaux. Puis je le vois revenir avec un sac rempli de nourriture pour mon
déjeuner. C’est donc le ventre bien lourd et repu que je le remercie vivement.
Tant bien que mal je reprends enfin ma route qui me conduit paisiblement vers
Imperia où je suis attendu à la paroisse Sacra Famiglia sans avoir pris le
temps de déjeuner vu le copieux petit déjeuner qui m’a largement suffi.
Lundi
13, je choisis de marcher uniquement sur le long de la côte et principalement
sur des voies cyclables et sans dénivelé. Je ne suis plus qu’à environ 50 km de
la frontière et comme souvent je n’arrive pas à joindre les auberges pour
réserver mon logement de ce soir. Je prends donc la direction de Saremo qui est
à 25 km, la journée s’annonce belle et pas trop chaude ce qui me va
parfaitement, je marche d’un bon pas avec une agréable sensation
d’émerveillement face à cet océan d’un bleu azur. C’est donc entre La voie
cyclable et des tunnels de l’ancienne voie ferrée que mes pas me guident
naturellement vers ma destination. L’ors des pauses j’aime de temps à
autre lire la lecture du jour, aujourd’hui je relis une phrase de Paolo Coelho
qu’une amie m’a fait parvenir il y a quelques semaines : « il faut
refaire toujours le chemin de St Jacques, jeter le bagage inutile, garder
seulement ce qui est nécessaire pour vivre chaque jour. Laisser l’énergie de
l’amour circuler librement du dehors vers le dedans, et du dedans vers le
dehors ». Je trouve ce passage très beau en décrivant parfaitement bien le
chemin de Saint Jacques de Compostelle. Il est déjà 16h, je suis sur le point d’arriver
à Saremo et toujours pas de logement. Je tente ma chance en téléphonant au
presbytère de Bordighera, miracle ou œuvre du Seigneur, le Padre décroche, il y
a de la place ! Dans 5 km environ j’y serais. Mais en regardant de plus
près Maps c’est en fait 11 km supplémentaire que je dois parcourir. Me sentant
plutôt d’attaque je prends mon courage à deux mains pour affronter ce nouveau
défi de mon pèlerinage de 37 km au lieu de 25… c’est avec une certaine
persévérance que j’arrive enfin vers 19h15, épuisé, au pied de l'Église où le
Padre m’accueille en me conduisant dans mon logement, plutôt spartiate et sans
douche mais le principal c’est d’avoir un endroit où dormir, de plus il refuse
que je lui règle la nuitée tout en ayant la gentillesse de me donner de quoi
dîner.
Mardi
14, cette journée restera gravée, il y a 42 jours je tenais la main du pape
dans la mienne et aujourd’hui je quitte l’Italie. Je n’en reviens pas ! déjà
42 jours que je suis parti de Rome, 42 jours de plénitude que le chemin m’offre
à chaque instant entre soleil, pluie, grêle et l’orage. Les rencontres éphémères
ont fait partie de mon cheminement. C’est avec une certaine fierté que je me
dirige vers la frontière, sans oublier de prendre mon dernier cappuccino Italien
et un croissant fourré à l’abricot. La frontière n’est plus qu’à quelques
mètres il est 12h30, c’est avec une certaine émotion que mes pieds se
retrouvent en France. Un dernier regard derrière moi pour dire au revoir à l’Italie.
Menton n’est plus qu’à 3 km et je vais m’y poser 48 heures chez Christine, une
tante, avant de reprendre vendredi la direction du chemin d’Arles.
Mon arrivée en France va
me permettre de parler plus facilement de Lames de Joie, toutes les
participations sont utiles, offrons aux enfants amputés la chance de courir
avec leurs camarades : https://www.helloasso.com/associations/lames-de-joie/formulaires/2
Merci pour votre
soutien
Hervé, sa prothèse et ses béquilles 🥾🦿


















Merci à Aude de me transmettre, chaque semaine, le lien pour me permettre de suivre la noble aventure qui est la tienne.
RépondreSupprimerMerci à toi Hervé qui temoigne de cette dernière par des propos qui me transportent littéralement, par la pensée, à tes côtés.
Amitiés,
Christian
Merci Hervé et Aude également pour la transmission du déroulement hebdomadaire. Te voilà sur la côte d'Azur ! Profite bien de ces superbes vues sur la méditerranée. Bon courage et bon vent comme disent les marins. Philippe G.
RépondreSupprimerEdifiant ! Belle fête de la Pentecôte, que l'Esprit Saint vous porte tous les deux... en union de pensées et prières, Caro
RépondreSupprimerNous lisons à chaque fois avec grand intérêt et émerveillement tes récits du pélé. Merci ! Nos prières et pensées t accompagnent.
RépondreSupprimerEric et Bénédicte