Des chutes...
Bonjour à tous,
Pas de nouvelles, bonne
nouvelles…
Désolé pour ce moment de silence mais les journées sont bien remplies avec de longues marches, 20, 25, 30 km. La fatigue est bien présente et les blessures aussi au niveau du moignon dû à la chaleur. Mais cette envie, cet amour du chemin, est toujours aussi ancré en moi, alors je reste heureux, heureux de pèleriner et je mets par côté les moments pénibles pour profiter pleinement de mon chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle en toute sérénité.
Je vous ai laissé depuis le 28/05, mais je vous ai tout de même partager quelques nouvelles via des photos. Alors plus en profondeur, du 29 mai au 13 juin, j’ai parcouru 309 km. De nombreux dénivelés, des chutes qui m’ont fait peur, des visites familiales, enfin des pèlerins sur mon chemin… Les rencontres sont toujours aussi fortes, comme Gérard et sa femme qui m’ont accueilli 2 soirs de suite en venant me chercher à mes étapes, les commerçants qui me voient, m’offre généreusement du ravitaillement. Les bénévoles des différents gîtes, qui se font un devoir de nous accueillir le mieux possible pour que nous nous sentions comme chez nous, ou même les passants de la journée qui m’interpellent pour discuter un petit moment.
Les journées passent si vite, déjà presque deux
mois et demi que j’ai quitté Rome. Je m’approche à grand pas vers la moitié de
mon pèlerinage et j’ai un peu de mal à le réaliser. Le cheminement dans le Var
n'a pas été des plus facile, avec tous les dénivelés positifs, puis les
négatifs qui sont souvent plus périlleux à descendre sans tomber. La journée la
plus difficile a été celle du vendredi 31 mai, en partant de Puyloubier pour
rejoindre Aix en Provence. J’ai regardé la veille l’itinéraire, 2 variantes s’offre
à moi : le haut ou le bas ! La sagesse du pèlerin me dit qu’il serait
plus raisonnable de prendre le chemin par le bas de la montagne, après une
bonne nuit réparatrice et un bon petit-déjeuner je décide d’affronter le haut,
sachant que j’aurais une issus de secours au prieuré de Sainte Victoire pour
dormir dans le refuge si je n’arrive pas à atteindre Aix-en-Provence. Me voilà parti
et à peine sorti du village, je me trouve face à la colline où des gros
monticules de rochers lisses servent de sentier. Le ton de ce début de journée
est donné, c’est non sans mal que je gravis cette colline qui me semble
interminable. Je me pose souvent pour pouvoir reprendre mon souffle et regarder
le paysage qui s’étend devant moi à perte de vue. J’avance le plus prudemment
possible, une minute d’inattention, je glisse et tombe de tout mon poids sur
l’oreille contre une roche, je suis bien sonné par cette chute et tente de
reprendre mes esprits pour continuer à petite enjambées. Je lève les yeux, je n’en
suis qu’à la moitié des 1000 mètres à gravir et pourtant je marche déjà depuis
deux bonnes heures. Malgré les difficultés je me sens bien, je suis seul livré
à moi-même dans cette majestueuse nature, quel beau pays cette France…
11h, il m’aura fallu 4h
pour atteindre les 1011 mètres d’altitude et me retrouver au pic des mouches.
Je suis médusé par le panorama très dégagé et sans aucuns nuages grâce au
mistral, lequel ne m’aide pas trop à tenir debout… je dois reprendre ma marche
pensant que le plus dur est désormais derrière moi, ce n’est qu’une illusion,
le chemin est très étroit, je dois descendre et remonter sans arrêt. Au bout de deux heures je me retrouve
confronté à deux pics que je dois franchir à l’aide de chaînes fixées aux
rochers. Je ne peux plus opérer un demi-tour,
je commence à me demander dans quelle galère je me suis aventuré et en plus de
ça j’ai le vertige… Je prends mon courage à deux mains (même à deux béquilles)
et je commence à escalader cette maudite falaise en m’agrippant d’une seule
main à la chaîne, l’autre main étant porteuse de béquilles. C’est avec une
certaine persévérance que j’arrive à mes fins avec le mistral qui ne me
facilite pas les choses. La fatigue me gagne, je fini par buter contre une
racine et pour la seconde fois de la journée je m’écroule de tout mon poids. Je
suis retenu grâce à une grosse bruyères qui m’évite de tomber dans le vide. Je
n’arrive pas à me relever car mon sac à dos est coincé dans les branchages, je
commence sérieusement à avoir peur en me demandant si je vais pouvoir continuer
ainsi. Je fini par réussir à me dégager
de cette mauvaise situation. Je me pose quelques instants pour reprendre mon
souffle et je m’attaque à la deuxième paroi aussi difficile à escalader.
J’arrive enfin sur les hauteurs de La crête où des majestueux buis me redonne
un peu de réconfort. Je vois au loin la
croix de Provence ou il me faudra encore 4 bonnes heures pour l’atteindre.
J’arrive vers 18h au prieuré de la Sainte Victoire, je suis exténué par 12
heures de marche en ayant fait seulement 11 km.
Je reste médusé par ce lieu magnifique, restauré complètement par l’association des amis de Sainte Victoire, classé Natura 2000 et grand site de France. Je passe la soirée avec une douzaine de randonneurs qui m’offrent généreusement de quoi manger. J’assiste au coucher de soleil à 900 mètres d’altitude qui mettra fin à cette journée périlleuse. La nuit a été très mauvaise, mon voisin n’a pas cessé de ronfler. Je repense à la veille, cette journée a été la plus difficile depuis mon départ, je suis content de l’avoir fait en me prouvant que j’en étais capable, mais plus jamais je recommencerais cette expérience car je me suis mis plusieurs fois en danger. Je suis un pèlerin non un alpiniste de haute montagne. Cette expérience m’a appris qu’il faut rester raisonnable, prudent et responsable car si le pire m’était arrivé je mettais également en danger les secouristes.
Je pars dès 6h pour
atteindre Aix-en-Provence, c’est 900 mètres de dénivelés négatifs qui m’attendent,
il me faut 3 heures et demie pour y parvenir.
J’arrive au barrage de Bimont, pas mécontent pour une fois de retrouver
le bitume et un terrain plat. Je continue mon chemin pour arriver à Aix,
exténué, je ne peux plus mettre un pied devant l’autre. Gwenola et Alain, des
cousins m’attendent pour passer le week-end, histoire de me remettre de mes
émotions de pèlerins… Je reprends mon chemin, bien reposé pour arriver à Arles
le mercredi 5 juin. 1300 km me sépare désormais de Rome, que le temps passe
vite, c’est incroyable je n’en reviens pas. J’arrive en début d’après-midi, je
profite de mon temps libre pour visiter cette belle ville, l’imposante arène,
la cathédrale Saint-Trophime et son cloître. Les premières journées de cette
nouvelle voie est désormais sans dénivelés ce qui me fait du bien. Je traverse
la Camargue et ses moustiques à grande enjambées pour arriver à Montpellier le
8 mai. La veille j’ai été accueillis par
Lormel et Hélène, neveu et nièce, qui m’ont offert un dîner copieux pour que je
puisse récupérer un peu de gras.
Montpellier est une
magnifique ville, pleine de charme malgré l’affluence de touristes. Je loge au
presbytère Saint Roch en plein centre-ville ou je retrouve quelques pèlerins
comme Pierre, un chevronné du chemin. Après le dîner je descends prendre l’air
à mes poumons, j’ouvre la porte et tombe face à face avec ma fille Jehanne et
son fiancé Guillaume. Je me pince presque pour savoir si je ne rêve pas, non ce
sont bien eux, quelle joie de les voir, une petite larme discrète coule au bord
des yeux…. Nous passons donc la soirée ensemble et dimanche vu que j’avais
décidé de me poser car mes blessures me font très mal.
Comme vous pouvez le
constater je suis toujours aussi heureux de mon chemin, mais je suis aussi très
heureux le soir quand je m’allonge et je n’ai pas toujours le courage d’écrire
pour vous donner des nouvelles. Merci à tous pour votre soutien régulier et vos
messages. Vous pouvez aussi me soutenir en participant à la cagnotte « Lames
de joie » qui m’apporte aussi beaucoup de courage. https://www.helloasso.com/associations/lames-de-joie/formulaires/2
« Ce n’est qu’en se dépassant que
l’homme est pleinement humain »
Jean-Paul II
Hervé, sa prothèse et ses béquilles 🥾🦿


















Bonne fête demain 17 juin. J’espère que vous avez réussi à récupérer de ces chutes.
RépondreSupprimerBon chemin. Agnès
Oui. Bonne fête également. Quel baroudeur tu es! Attention quand même. Prend soin de toi. Prudence cher Hervé. L'essentiel est d'y arriver à St Jacques. A bientôt de lire d'autres nouvelles de ton chemin. P.G.
RépondreSupprimerBonne fête Hervé ! Et bravo pour ta persévérance et ce chemin parcouru . On pense à toi, on prie pour toi et on t'embrasse, Caro & co
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